vendredi 10 août 2007

in my skin


Il y a quelques temps, j'ai cédé à mon démon familier et fait une razzia de livres anglophones dans ma librairie préférée - Gibert, allez, un peu de pub... je les aime quand même... parmi les livres que j'en ramenais, se trouve In my skin de Kate Holden.

c'est un livre assez particulier, assez marginal dirais-je, non pas tant par sa forme, que par son fond. il se veut profondément autobiographiques, l'auteur (vous me pardonnerez si je laisse le -e- - totalement ridicule à mon sens - du féminin en arrière) écrit à partir de carnets qu'elle a tenu pendant des années, à un rythme presque quotidien, autant que faire se peut vu la vie qu'elle a mené pendant environ huit ans.

Elle nous raconte comment enfant, elle voulait toujours appartenir, mais se sentait toujours déplacée, à la marge du groupe, vaguement exclue, comment, en grandissant, elle voulait s'intégrer, les autres fument des joints, ils trouvent que ce n'est pas pour moi, mais moi je veux être avec eux, je vais leur prouver que je peux le faire moi aussi. elle suit ses amis, elle suit son copain, et bientôt elle se retrouve à s'injecter de l'héroïne. d'abord de façon casuelle, de temps en temps, puis à un rythme régulier. son copain la quitte, ses parents le découvrent, elle veut s'arrêter, fait une semaine de cure de désintox, se dit que ça va aller, mais replonge. elle reste chez ses parents, se dit que ça va aller, mais continue, continue, et continue, jusqu'à ce que ses parents ne le supportent plus et lui demandent, si elle n'arrive pas à se contrôler, de quitter leur demeure.

Elle assume, elle le fait, à ce moment, elle a besoin de toujours plus de drogue, toujours plus d'argent, son petit job à la librairie ne lui suffit plus, ses études, son master, elle n'en a rien fait, elle ne peut pas, la drogue lui prend tout son temps, toute son énergie. elle perd son travail, il lui faut bien de l'argent cependant. alors elle descend dans la rue, se dit qu'elle peut le faire, que ce n'est pas si terrible. les clients se succèdent, elle gère, elle fait ce qu'on lui demande, et elle n'est pas chère, elle a trop besoin d'argent. puis elle a l'occasion d'entrer dans un bordel, c'est plus sûr... en attendant, elle gagne alors assez pour ses deux doses par jour, un micro loyer, et les doses de son nouveau copain qui vit à ses crochets. elle fait ainsi trois bordels, du plus minable, pour finir par le plus prestigieux. avant de finir, elle même, par vouloir sortir la tête de l'eau, à force de ne plus supporter son copain à entretenir, la routine de la drogue. elle devient clean, elle bosse pour mettre de l'argent, et finis par s'offrir un voyage qui lui donne la distance nécessaire pour rompre définitivement avec ses vieux démons.

ce livre est passionnant à plus d'un titre, plongée dans l'univers de la drogue, puis dans celui de la prostitution... soit... c'est une fenêtre facilement ouverte sur ce monde, il faut bien l'avouer, fascinant par ses dangers, son caractère extrême.

ce qui m'a profondément intéressée ici, c'est la lucidité constante, sidérante, avec laquelle elle décrit son expérience, sans complaisance, sans culpabilité non plus, pour ainsi dire, elle dit les choses telles qu'elles sont, je me droguais, j'en avais besoin, je n'aimais pas tant ça non plus, mais c'était ainsi. elle explore les racines psychologiques de son addiction, ce qui l'y pousse, ce qui la retient dans la drogue. et plus intéressant même, parce que le sujet me fascine, elle nous offre un tableau de la prostitution comme on en voit peu. elle parle de son travail avec une grande tendresse, de la détresse émotionnelle de certains de ses clients, de ce qu'elle considère comme une forme de conscience professionnelle, parce que - eh oui - elle met un point d'honneur à être une bonne pute, à ce que le client en ait pour son argent. j'ai trouvé cela très impressionnant, très fort, et également très juste.

on dit toujours "il n'y a pas de sot / sous (suivant l'école à laquelle on n'appartient) métier". mais la société bien pensante ne va pas élargir cela jusqu'aux putes. oui, ce sont elles les méchantes, il est évident qu'elles tirent les gars de leurs voitures de force, et s'il n'y avait plus de bordel, il n'y aurait plus de putes. regardez autour des gares, plus de bordels - plus de putes, non ? j'avoue que ce point là m'a toujours énervé. je n'irais pas jusqu'à dire que c'est un métier comme un autre, loin s'en faut. et en France, c'est une question difficile à penser parce qu'il n'existe plus en tant que tel, il est profondément hors la loi. mais je trouve bien, audacieux, mais bien, qu'elle montre qu'une une pute n'est pas une salope, mais quelqu'un qui essaie de gagner sa vie, de s'en sortir. ses collègues, ce sont des femmes qui essaient d'éduquer leurs enfants, qui, pour une raison ou pour une autre, ont besoin d'argent, et parfois, c'est plus facile de faire cela qu'autre chose. j'ai envie de demander, est-ce si condamnable... ? honnêtement ? n'y aura-t-il pas toujours des gars qui rechercheront ça, et des femmes qui s'en fichent assez pour accepter de vendre ce service. c'est le moment où surgit sur scène la morale - deus ex machina. mais ce genre de pièce est bien daté, peut-être nos jugements, eux aussi pourraient évoluer...

quitte à prendre un parti clair et anticonformiste, pour une fois, je dirais que non, ce n'est pas un crime horrible que d'en être réduite à se prostituer pour survivre, et il y a un certain courage à l'accepter, qui appelle une forme de respect plutôt qu'un haussement de sourcil méprisant, c'est si facile quand on a les moyens de faire autrement... et au demeurant, ce n'est que son corps, qu'une telle femme vend, pas son âme, elle est toujours un être humain, et pas un animal, ou mieux, une bête de sexe...


dimanche 8 juillet 2007

l'islam moderne

allez, un article sérieux pour une fois. enfin, important dirais-je.
ce sont des extraits du Monde 2 (9-15 juin) (j'ai rattrapé mon retard en monde 2 ce week end, j'ai dû en lire 6 un truc comme ça... comme quoi je finis toujours par le faire). Voici des extraits de la grande enquête sur l'Islam moderne. Très actuel quand on sort de Persépolis.

"le Coran n'est pas un texte de loi et ne doit plus être traité comme tel.Un verset coranique n'st pas un article dans un code: ce n'est pas du droit. Il ets grand temps de mettre fin à ce débat stérile sur le sens de tel ou tel verse prétendument juridique, et de séparer clairement et définitivement droit et religion", explique Mohammed Charfi, professeur de droit à Tunis. "L'Islam d'Al-Azhar et de toutes les institution islamiques est complètement dépassé. L'islam apporte une liberté. Mais il faut se débarrasser des miliers de commentaires et de hadiths, dont beacoup ont été fabriqués, et qui contredisent souvent le Coran. Ces paroles, même si elles faisaient sens à leur époque, ont mille ans, et on ne peut les appliquer aujourd'hui", s'emporte Gamal El-Banna, l'un des plus farouches opposants aux islamistes d'Egypte. "Quand je donne des conférences dans les universités marocaines, et que je demande : "Le Coran est-il la parole de Dieu ?", 50 étudiants se lèvent et quittent la salle. Mais 650 restent pour m'écouter et poser des questions. Il y a une énorme demande de la part des jeunes de questionner l'islam autrement", raocnte le frnaco-marocian Rachid benzine, universitaire et croyant fervent, auteur des Nouveaux penseurs de l'islam. (...)
Ce que défendent ces penseurs modernes, c'est d'abord une réflexion sur la nature et le statut des textes religieux. Il s'agit de relire les textes sacrés pour sortir d'une interprétation littérale : respecter l'esprit du Coran, non la lettre. "Quand le prophète dit : "apprenez à vos enfants l'équitation, la natation et le tir à l'arc", aujourd'hui cela signifie "apprenez leur l'anglais, l'informatique et internet" : l'objectif est de maîtriser les compétences du siècle. De même, le Coran a prescrit le voile pour protéger la femme. Aujourd'hui, c'est l'école qui la protège", explqiue ainsi Soheib Bencheikh, imam de Marseille. Tous ces penseurs partagent un point commun : intégrer à l'analyse des testes religieux les courants de pensée modernes, comme les penseurs de la Nahda avaient absorbé les savoirs occidentaux. C'est ainsi que les sciences sociales, apport-clé de la pensée occidentale du XX° siècle, sont sollicitées : le Coran est étudié avec une approche historique, sociologique et linguistique. Il devient objet d'étude et non dogme - même pour les plus croyants de ces penseurs.
"Le discours religieux est une donnée linguistique. Il nous faut étudier les circonstances historiques de la production de ce discours", explique l'Algérien Mohamed Arkoun, l'un des pionniers de cette relecture du Coran, dont els ouvrages sont interdits en Arabie Saoudite. "Le langage coranique, comme tous les langages religieux, utilise le mythe, la parabole et le symbole. Il faut appliquer au Coran les mêmes méthodes de lecteure que les chrétiens ont appliqué à l'Evangile", explique rachid Benzine, qui se dit influencé par ses années de dialogue avec le père Christian Delorme, avec lequel il a cosigné un ouvrage en 1998, Nous avons tant de choses à nous dire.


Belle leçon d'intelligence dirais-je... ! cela prouve bien, une fois de plus, l'intérêt de la distance, de la lecture critique, du regard qui replace dans son contexte. ça n'enlève rien au caractère sacré du texte que de vouloir le comprendre par rapport à notre époque. Au contraire, c'ets lui donner sa vraie valeur ! c'est à ça que servent les disciplines littéraires à la fin, à comprendre le sens, à aller au-delà du sens littéral. Regardez Spinoza, avec le Traité Théologico-politique, c'est assommant direz-vous. Peut-être, je n'en suis pas sûre, mais là, clairement, on a un guide de lecture, un guide des différences façons de lire un texte, sens littéral, sens métaphorique, ce n'est pas le terme exact, mais c'est l'idée de fidélité à l'esprit, et sens symbolique. et cette façon de regarder le monde se décline dans tous les domaines. c'ets la meilleure garantie contre le radicalisme, le totalitarisme. Il n'y a pas qu'une façon de voir les choses, une seule vérité une et indivisible... On ne peut dire tout et son contraire pour autant non plus... mais il faut, il faut absolument, qu'il y ait débat, discussion, parce que c'est ça rendre un texte vivant, se colleter à lui, essayer d'en pousser le sens dans ses différents retranchements, et pas le mettre sous verre avec des gardes devant... ça ne sert à rien, la pensée se fera clandestine et d'autant plus subversive, et encore heureux d'ailleurs... mais quel gâchis... !



samedi 7 juillet 2007

du contresens au cinéma.

ça fait des années maintenant que je m'énerve à essayer de défendre mon opinion sur ce sujet. et là, tombé du ciel, un article de Tarentino dans le monde 2 qui dit pile ce que je pense... Mon passage préféré :

interdit de rire d'un film

Quentin Tarentino anime depuis 1997, dans un vieux cinéma d'Austen au Texas, le Quentin Tarentino Film Festival, où il montre les joyaux de sa collection de copies 35 mmm. Il présente chaque film et intervient parfois au milieu d'une projection, lorsqu'un détail lui revient en tête. Il se met à crier pour apporter la précision indispensable. Avant chaque présentation, il réitère le même avertissement : il est interdit de rire d'un film, même médiocre, au risque d'être mis dehors, chaque film devant être apprécié pour ce qu'il est, et non pour ce qu'il devrait être. Cela signifie donc qu'en découvrant des oeuvres aussi improbables que Legend of the Wolf Woman, ou Revenge of the Cheerleaders le spectateur ne peut décemment s'attendre à un nouveau Citizen Kane.


Si ça rentrait sur ma page je me mettrais en rouge flamboyant encore plus gros. Ras le bol des critiques devant un film hollywoodien du style c'est pas fidèle alors que personne n'a jamais prétendu faire un film historique de Troy, de Kingdom of heaven ou je ne sais quoi mais juste un bon sang de block buster... regardez les acteurs quoi ... ! C'est un film grand public, un film de divertissement, pas un documentaire ! Ras le bol de me faire laminer sur Tarentino... c'est Tarentino ! à quoi on s'attend en allant voir Tarentino, si ce n'est à cela ? A quoi on s'attend en allant voir une bluette pour ado, un film romantique dégoulinant de sentimentalité si ce n'est à cela ? c'est de la mauvaise foi de venir cracher dans la soupe après !!!

ces films ne prétendnet pas être autre chose que ce qu'ils sont, bien souvent, ce sont les spectateurs, avertis en général, qui veulent en faire autre chose, qui projettent leurs attentes dessus et râlent ensuite parce que s'étant trompés, ils sont déçus... Je pars en croisade pour revendiquer le droit d'apprécier les films à la Honey, à la Save the last dance, à la Dance with me, à la Shall we dance, à la Breaking up, à la dirty dancing parce qu'ils m'apportent exactement ce que j'attends, de la danse. je ne leur demande pas d'être de bons films, et en effet, ils le sont rarement voire jamais, je leur demande de me montrer de la danse, et ils le font. Et je me fous bien du reste... Je les aime pour ce qu'ils sont, je ne les déteste pas pour ce qu'ils ne sont pas, et je m'en fous que les acteurs aient ou non l'âge de leur personnage, que ce soit crédible ou non, etc, etc, etc. c'est un film, justement, du cinéma, c'est pour faire croire, ça requiert un minimum de volonté d'adhérer. après, c'est sûr, c'est vraiment impossible parfois mais bon, tout de même, on peut aussi être un peu bon public quoi ...

Après, il y a aussi les "bons films" que je n'aime pas, je sais pourquoi ils sont bons, je sais pourquoi je ne les aime pas, on peut faire la différence non ? Aimer un mauvais film, détester un bon... ça s'appelle le sens de la nuance... les bons films que je n'aime pas trop ? Garden State par exemple, il m'ennuie, Shortbus parce que je n'ai pas aimé le personnage de la petite asiat et que du coup ça a diminué mon plaisir, j'ai détesté Scoop parce qu'après tout, vraiment, Scarlett, elle ne passe pas, Persépolis, il est excellent, rien à dire, mais alors moi qui hais viscéralement les gosses, Marjane petite me m'a rendu le personnage insupportable du début à la fin, alors que toute la trame historique sur l'Iran, et mon article sur reading Lolita in Tehran me passionne. Elle n'aurait pas été là, ou elle aurait été différente, j'aurais adoré la film. Elle m'a exaspérée. ça ne m'empèche pas de penser le film excellent, de dire aller le voir, vous ignorez sûrement plein de chose sur l'Iran et ses souffrances, et bien vous les apprendrez là avec plaisir... et j'en passe et des meilleurs... mais voilà, ce soir, pour une fois, je monte au créneau pour défendre ma façon de percevoir l'art, mon droit à la contradiction, au paradoxe et au rapport décomplexé avec le cinéma.

allez, une deuxième note !

à chaque fois que je sens mon asthme monter, m'étouffer progressivement, machinalement, stupidement je m'arrête de respirer pour mieux le sentir, pour mieux reprendre mon souffle, pour haleter davantage au fond. à chaque fois ce poème me vient en tête. une de ces nombreuses références qui m'entretiennent doucement dans l'idée une bribe de littérature pour tous les moments.


I am listening to the change of pain

The way she’s fitting into something I can stand

I feel her smart arabesques on my neck

Her vivid dance with my bones wrecked

I wait for the surf to verge

For the pack of yellow sea to rise

And roll all over my backbone

I could feel a pea under a hundred mattresses

Though my skin is no satin

Small arachnid, my brain shrinks

And withdraws into some grounded land

From where I stand

Watching the ocean

Move

Till he comes

And seizes me

I wait for the barbarians

For their strength

Till it bursts

And rapes me

Dividing me in two

Million hundred pieces

That blinds me – dashing vision

Of blackness and blankness

And speed too

I’m in a fuss to feel all this

This being alive, through pain and pain

A kind of hapax

This sleepy agony

When you take up your breath

To feel each detail

The way he penetrates you

The way you burst and die

Life and death

Agony and resurrection

Through pain and pain

Each pain going further, deeper, softer…

All is just a kind of pain

And whether you’re accustomed to it

Or build an addiction to blind it

In dazzling white,

The blind colour…


Saoirse Mac Cann

Mai 1935.

un peu de chaleur


Pour encourager la chaleur et parce que j'en ai sincèrement ras le bol de ce temps, et encore, à Paris il fait pas si mauvais, une note sur ces livres qui donnent chaud. Une auteur en particulier me réchauffe constamment, me fait profondément, physiquement ressentir la chaleur de ses livres et c'est Marguerite Duras. j'avais dit un jour que je ferai une note sur elle, la voilà. Chaleur chez Duras, ça pourrait être un sujet de mémoire...

Il y a un livre en particulier chez elle que j'adore pour cela. Les petits chevaux de Tarquinia. Je l'avais lu une après-midi d'été, très chaude, parce qu'en Alsace, les températures montent allègrement en été, un lundi après-midi il me semble, un lundi tout vide parce que précisément il fait si chaud et que je suis à peu près la seule à pouvoir sortir par ce temps chez moi. J'alternais entre fauteuil et carrelage froid dans mon bureau auquel les volets en persienne donnaient une couleur chaude.

Il n'y a pas grand chose dans ce livre, beaucoup de chaleur, c'est à peu près tout. deux couples, qui s'entendent plus ou moins bien sont en vacances sur une côte italienne, et il fait si chaud que la chaleur assomme tout le monde. journée typique de canicule où on se traîne entre l'intérieur et l'extérieur dans une routine qui nous ferait pleurer d'ennui mais qu'on tolère parce que ce sont les vacances et que justement, pouvoir s'ennuyer est la preuve qu'on est en vacances. ces couples se liquéfient presque sous l'effet de la chaleur. on la ressent physiquement en lisant ce livre, une chaleur sèche, intense, on les image mouillés, une blancheur jaune comme cela sur tout le paysage sablonneux, la canicule à son zénith. je n'ai jamais vu quelqu'un donner aussi bien cette impression de chaleur que Duras, ressenti cette sensation de façon aussi intense. Duras écrit dans la chair de ses lecteurs me dis-je parfois. tous ses livres sont à la fois vides, et ne manquent jamais en même temps de nous prendre aux tripes, c'est assez dingue. c'est merveilleux je trouve. enfin un livre sensuel.

de façon assez drôle, al seule autre fois où j'ai autant ressenti le climat devant une oeuvre, pour ainsi dire, c'est lorsque j'avais projeté de regarder le docteur Jivago. J'ai dû arrêter au bout d'une demie-heure tant je grelottais, j'étais impressionnée.

Gracq aussi, s'il ne fait peut-être pas grand chose de bouleversant, retranscrit de façon impressionnante le climat de ses romans, l'atmosphère dirons certains. c'est déjà cela.

vendredi 22 juin 2007

yet i would lose no sting...


bien, comme l'état de décrépitude avancé de mes genoux me cloue à la maison ce soir, c'est le moment de dépoussiérer un peu ce blog...

je me rends compte qu'il y a un oubli - pour moi - d'une note sur ce fragment d'un merveilleux poème d'Emily Brontë.

Poème puis remarques. Traduction trop longue pour ma paresse...




Silent is the house – all are laid asleep


“He comes with western winds, with evening’s wandering eyes,

With that clear dusk of heaven that brings the thickest stars;

Winds take a pensive tone, and stars a tender fire

And visions rise and change which kill me with desire-


Desire for nothing known in my maturer years

When joy grew mad with awe at counting future tears;

When, if my spirit’s sky was full of flashes warm,

I knew not whence they came, from sun or thunderstorm;


But first a hush of peace, a soundless calm descends;

The struggle of distress and fierce impatience ends;

Mute music soothes my breast – unuttered harmony

That I could never dream till earth was lost to me.


Then dawns the Invisible, the Unseen its truth reveals;

My outward sense is gone, my inward essence feels-

Its wings are almost free, its home, its harbour found;

Measuring the gulf it stoops and dares the final bound!


Oh, dreadful is the check – intense the agony

When the ear begins to hear and the eye begins to see

When the pulse begins to throb, the brain to think again,

The soul to feel the flesh and the flesh to feel the chain!


Yet I would lose no sting, would wish no torture less;

The more that anguish racks, the earlier it will bless;

And robed in fires of Hell, or bright with heavenly shine,

If it but herald Death, the vision is divine.”

Emily Jane Brontë, 1845

C'est l'histoire d'une jeune captive prisonnière qui raocnte à l'homme venu la délivrer - c'est une ballade -les rêves qui l'avaient et l'aidaient à supporter sa captivité. Tout d'abord, il est notable, pour ceux qui le connaissent, que le poème entretient une ressemblance du diable avec Erlkoenig de Goethe... le cavalier qui vient et ravi l'enfant, ravi dans tous les sens du terme et surtout le pire. ici, on a à faire à la même aphasie.

et je trouve, personnellement, que c'est une des plus belles façon d'écrire, l'air de pas y toucher, la petite mort. Elle nous fait passer cela pour un rêverie, une médiatation, l'esprit, libéré de ses fers s'envolent. mais si on y regarde de plus près... combien cela dure-t-il ... une strophe, quelques secondes, quels en sont les traits, l'absence perceptive au monde, la libération, l'envolée... le ravissement... pour mieux retomber ensuite...

elle ne parlerait pas tant de la chair, sans doute cela n'aurait-il pas retenu mon attention, mais elle dit tout de même ici que son âme elle-même vacille...

c'est magnifique non ?

et la façon dont la cavalcade s'sincrit, de vers en vers, par les rythmes dévalant vers la captive, jusqu'au ravissement, avant la retombée... et là encore, "if it but heralds death, the vision is divine"... la "vision" est présentée comme un simile de mort... que dire de plus...

toute la dernière strophe est magnifique en fait, une vraie déclaration, plutôt subir mille tourments que de renoncer à cet instant...

ce qui est d'autant plus frappant, c'est qu'il a été écrit par une jeune femme morte à 26 ans, et jamais tombée amoureuse, n'ayant jamais eu de courtisan.

on n'a pas fini de vanter le talent des Brontë.

mais ce poème là, vraiment, par sa subtilité, sa douceur et sa force, on sent la lande derrière, on voit le cavalier venir, et avec elle, on a ce moment digne des films indiens où on voit un court instant les pieds du personnage quitter le sol avec un sourire de ravissement sur son visage...

ça paraît trivial et si inapproprié, mais, clairement, ce poème fait planer...

samedi 16 juin 2007

enfoncer le clou de la tolérance !

allez, une petite pause dans la lecture de mes journaux en retard (ouf, plus que deux et demie), pour vous faire profiter d'un article bien intéressant dans le Monde du 9 juin 2007, qui s'inscrit bien dans la ligne de ma gue-guerre contre ces super mâles à deux balles pour qui se traiter de "PD" est l'insulte surpême... véridique, j'ai l'occasion de le constater assez souvent tout de même.

"Lorsqu'elle évoque son enfance et son adolescence, Camille Barré parle toujours au féminin. "J'étais souvent silencieuse, raconte-t-elle. Un peu explosive aussi." Pourtant, à l'époque, Camille Barré s'appelait Gilles et était l'un des deux garçons d'une famille de cinq enfants. " J'étais un petit gars pas du tout efféminé, toujours prêt à en découdre avec ses camarades dans la cour de récréation. Mais, très rapidement, je me suis sentie différente, j'avais l'impression d'être une fille. Cela a évidemment crée une grande confusion dans mon esprit : je vivais cela comme une anomalie, une singularité, un dérèglement."

Camille Barré, qui a changé de sexe en 1999, est la candidate du Parti Communiste dans les Hauts-de-Seine (...). A 48 ans, elle est la première transsexuelle à se présenter aux élections législatives. " C'est une femme courageuse, qui a choisi d'assumer son identité, note la secrétaire départementale du PCF du département, Brigitte Gauthier-Maurin. Quelqu'un de très dynamique, de très original, qui a beaucoup galéré. Son engagement politique est le prolongement de son combat personnel en faveur de l'émancipation et de l'égalité.

Dans cette circonscription où le candidat communiste a recueilli 1,47% des voix en 2002, Camille Barré affrontera le nouveau président (UMP) de l'Assemblée Nationale, Patrick Ollier. Les deux candidats se connaissent bien pour avoir bataillé, par justice interposée, au cours de l'année 2005 : Camille Barré souhaitait alors se marier avec sa compagne, Monica Leon, un transsexuel argentin qui était resté un homme pour l'état civil. En tant que maire de Reuil-Malmaison, Patrick Ollier s'était alors fermement opposé à cette union "militante".

Camille Barré a grandi à Paris, dans la loge de l'école Notre-Dame-de-Grâce de Passy, dont sa mère était concierge. Son père, qui parcourt le monde dans la marine marchande, quitte très vite le domicile conjugal. "Ses absences lui permettaient d'échapper à ses responsabilités d'époux et de père". Après son départ, Mme Barré élève seule ses cinq enfants. "Elle travaillait dut et elle nous dressait plus qu'elle ne nous élevait. Le sentiment que j'ai aujourd'hui, c'est qu'elle nous aimait mais n'arrivait pas à l'exprimer".

Vêtue des blazers bleu marine que les familles de l'école donnent à sa mère, Camille Barré grandit dans le petit monde feutré du Passy des années 1960. Dans la loge, la table de la salle à manger est recouverte d'une montagne de linge à repasser et on sonne la soupe en tapant sur les tuyaux de chauffage. Le soir, les enfants jouent dans la cour de l'école, à côté d'une statue de la Vierge Marie, et se déguisent avec les costumes destinés aux spectacles de fin d'année. "Mon frère faisait le prince, moi la princesse. J'essayais déjà de m'approprier les codes vestimentaires féminins".

A 13 ans, Camille Barré change brusquement d'univers : la famille quitte les rues tranquilles du 16° pour une cité HLM de Boissy-Saint-Léger dont Mme Barré devient la gardienne. "Je me suis retrouvée au milieu de jeunes de banlieue qui roulaient des mécaniques, des petits mâles ne puissances qui disaient des gros mots et se bousculaient dans la cour. Il fallait que je me défende: j'ai fini par endosser un habit qui n'était pas le mien". L'adolescent fréquente les loubards et fini par être suivi par un éducateur à la suite d'un vol de vêtements dans un magasin. "J'ai vite réalisé le danger de cette dérive".

Pour Camille Barré, qui se sent de plus en plus mal dans son corps de garçon, l'adolescence est une véritable épreuve : sa voix mue, son corps se transforme, son statut social change. Pour échapper à ce corps d'homme, l'adolescent ruse avec les codes vestimentaires et adopte un look androgyne qui le fait passer pour un excentrique. "C'est très difficile de vivre avec un secret aussi terrible. On a l'impression d'être dans un mensonge permanent, on a tout le temps peur d'être démasqué, on a envie de se supprimer: je serrais les dents pour éviter de pleurer ou de hurler."

Camille Barré, qui se travestit en femme à son domicile, devient commis dans une boulangerie préparateur de commandes pour un grossiste, livreur de linge pour des hôtels, puis agent technique au conservatoire de Reuil-Malmaison. En 1989, le jeune homme se marie. " On s'aimait bien mais on était dans le mensonge: mon épouse voyait ma fragilité et elle connaissait bien mes problèmes de sexualité. Pendant ces années, j'ai réfléchi à ces problèmes d'identité et, un jour, j'ai trouvé au Virgin Megastore un bouquin sérieux de sociologie sur la transsexualité. Je me suis dit ! voilà le point d'ancrage de tous mes problèmes."

En 1993, Camille Barré décide de divorcer et distribue à ses proches un document sur al trassexualité photocopié à la bibliothèque de Beaubourg. "Je n'étais ni surpris ni choqué, raconte un de ses amis d'enfance, Jean Damiens. Je me suis juste dit: tiensn c'était donc ça. J'avais toujours senti un malaise, mais je n'avais jamais mis les mots de transsexualité dessus." Commence alors un long parcours médical : Camille Barré se rend en 1996 à la consultation d'andrologie de l'hôpital Cochin, passe des tests hormonaux et chromosomiques, est suivi pendant plus d'un an par un psychiatre.

Son corps se transforme peu à peu grâce à un traitement hormonal et, en 1998, Camille Barré se fait opérer. "Ma vie de femme a vraiment commencé là. Je suis rentré chez moi, je pleurais de joie. J'habitais enfin ma maison corporelle. Je ne l'ai jamais regretté: accepter son corps, c'est tellement apaisant." La justice française, qui accepte les changements de sexe depuis un arrêt de la Cour européenne des droits de l'homme de 1992, modifie en 1999 son état civil : Gilles choisit de s'appeler Camille, Joséphine, les seconds prénoms de son épouse et de sa mère, les deux femmes qui ont compté dans sa vie. "Elle s'est enfin trouvée, résume Jean Damiens. Elle est en harmonie avec elle-même."

Sa mère, aujourd'hui décédée, a toujours eu du mal à lui parler au féminin, mais ses soeurs, et surtout son frère, ont accepté sa transformation. Au conservatoire de Reuil-Malmaison, certains parents d'élèves l'ont accueillie avec des fleurs, d'autres ont continué à l'appeler Gilles. Après avoir milité dans les associations "trans", Camille Barré a rejoint l'Inter-LGBT (lesbienne, gay, bi trans), qui organise tous les ans la marche des fiertés, à Paris. Aujourd'hui, elle milite au Parti Communiste, un mouvement qui porte, dit-elle, de belles idées. "Ce long parcours m'a donné une force immense, conclut-elle. Aujourd'hui, pour m'arrêter, il faut m'abattre !".