lundi 12 mai 2008

"vagina dentata"


C'est le principe de Teeth. Attention spoilers, je résume très brièvement l'intrigue. Ouverture sur une centrale nucléaire surplombant de sa jolie cheminée une petite ville de province américaine. Une jeune fille profondément engagée dans un mouvement d'abstinent, d'environ 17 ans, se découvre attirée par un autre jeune abstinent, ayant en fait déjà fauté. Vaguement désorientée par cette attirance, elle faiblit et l'appelle et se retrouve à batifoler avec lui près d'un étang isolé. La tentation est forte, elle veut finalement refuser, lui, frustré par tant d'abstinence "i haven't jerked off till Eastern !!!", insiste et entreprend de la violer, quand on découvre ce que le film avait commencer de suggérer, elle a un vagin denté, qui tranche net le sexe mal intentionné. Effroi général, débandade... La jeune fille se retrouve en crise, d'une part, elle a ébranlé ses voeux d'abstinence - en envisageant de les rompre - et d'autre part, qu'est devenu le jeune homme, disparu... Elle se renseigne, cherche sur le net, essaie de comprendre, découvre la légende du vagin denté que l'homme doit conquérir (alias, sa propre peur de la sexualité féminine). Décidant d'en avoir le coeur net, elle va chez un gynéco. Le médecin, modèle d'indélicatesse, la force de la main. Il y laisse quatre doigts. Completement terrorisée, elle se sauve, rentre chez elle, pour découvrir sa mère évanouie (elle semble avoir un cancer), en plein milieu du couloir, avec en fond son frère (tattouages, percing, rottweiler, photos suggestives, joints etc), en train de sodomiser sa copine, porte ouverte et musique à fond devant la mère effondrée dans le couloir. Dawn la fait envoyer à l'hôpital, et finit par se réfugier chez un autre garçon qui semblait avoir été gentil avec elle. Elle est en crise de nerf, il lui fait prendre un bain, lui donne un fort psychotrope pour la détendre, la fait boire du champagne, éclaire sa chambre avec une bonne cinquantaine de bougies, prépare un plan en résumé, la convainc qu'il est son héros, et parvient à profiter d'elle, vu l'état second dans lequel elle se trouvait. Autant pour ses voeux d'abstinence, la demoiselle s'amuse vraiment. Pas de pénis sectionné cette fois. Nouvelle session le lendemain, le téléphone du jeune homme sonne en plein milieu, il décroche, veut faire parler Dawn, elle se rend compte qu'il a fait un pari sur elle, ça l'énerve, clac, nouveau pénis sectionné. Elle retourne à l'hôpital, découvre que son frère avait entendu sa mère hurler et l'avait sciemment ignoré, qu'il a lancé son rottweiler sur son père qui avait essayé de le mettre à sa porte. Son frère, depuis tout petit, était amoureux d'elle et n'attend qu'une chose, pouvoir enfin coucher avec elle. Le sachant, elle lui tend un piège, le castre, et regarde, impassible, son rottweiler manger le précieux appendice au piercing géant avant de quitter la ville en autostop. Elle se réveille sur une aire d'autoroute, essaye de sortir de la voiture, verrouillée, elle se tourne vers le chauffeur, un sexagénaire lubrique qui s'imagine l'exciter en lui tirant la langue. Cris de dégoûts dans la salle. Haussement de sourcil exaspéré de Dawn, elle retente de sortir de la voiture, sans succès, et fini par se retourner vers le vieux avec, cette fois elle aussi, un petit sourire vicieux. Fin du film.

Ce film pose énormément de questions. Il se voulait au départ un film américain à petit budget, et de festivals en festivals, a remporté un énorme succès. Politiquement incorrect, il se voulait une variation humoristique sur ce mythe bien connu de la peur de la sexualité féminine de la part des hommes, et également un miroir tendu à l'Amérique névrosée du sexe. Il pointe ainsi divers problèmes :

- l'abstinence. Au départ, le monde merveilleux de Dawn, c'est t-shirt petits poney ou stras et paillettes avec un slogan assez dur contre la luxure, la dépravation etc. le sexe est foncièrement mauvais, dans l'absolu, devant Dieu, partout, tout le temps, il faut attendre, tout le monde. Nota bene, ses parents n'ont pas attendus... la virginité est un don précieux, inestimable, à faire à l'autre élu après le mariage. Sacralisation absolue. Suggestion du film, ses idées lui viendraient peut-être par contraste avec son frère qui mène une vie de dépravé et dont les pratiques sexuelles déviantes sont largement suggérées voire plus. En réaction, elle aurait la position opposée.
Le film énumère alors les incohérences, contradictions et ridicules d'une telle position : quel film aller voir au cinéma ? On ne peut voir un film avec des scènes de sexe... cela nous exciterait. Et même devant un dessin animé, son couple d'amis abstinents semble bien excité. Que faire...? On ne peut sortir qu'en groupe, livrés à nous-mêmes, on ne se fait pas confiance, et pire, si on se plaît, même en groupe, il vaut mieux s'éviter, on pourrait succomber. Cela suggère au fil du temps la peur de la souillure, la névrose totale que le sexe suscite chez certains jeunes, comme un véritable péril dont il faut se garder. Avec la sacralisation de la virginité, ils en viennent à se donner une importance excessive au plus petit symbole sexuel, ce qui alimente la frustration, et en gros, fait d'une souris une montagne. En effet, plus ils luttent contre, plus le jardin défendu devient tentant. Suggestion du film : à tant vouloir s'abstenir, la pression devient insoutenable et mène au viol. Oui et non. C'est une façon de se moquer de la part de Teeth, il ne faut pas non plus faire de lien automatique entre abstinents et cinglés, abstinents et violeurs potentiels, abstinents et sex addicts refoulés ou dormants comme Dawn pourrait bien se révéler être. C'est une façon de montrer les problèmes, pas de condamner.

- le passage chez le gynéco : charmante variation sur les clichés habituels. Le pire, c'est qu'il existe certainement des cas isolés de brutes pareilles.

- le frère : jeu sur une concentration de clichés, le parasite social et déviant sexuel consommé. notez, ne pas faire de lien automatique entre sa vie sexuelle décomplexée et libérée, et son parasitisme intensif. Encore une fois, le film dénonce une autre équivalence facile.

- le surborneur : le faux gentil garçon qui en fait a fait un vilain pari et abuse de la tendre naïve et innocente charmante jeune première. Oui et non - la jeune première s'amuse bien, mais ne va certainement pas le reconnaître vu sa condamnation antérieure du texte. Quant au garçon, c'est mal mais, c'est de son âge, ça ne veut pas dire non plus qu'il n'éprouvait rien pour Dawn, on peut tourner les choses et considérer que le pari lui donnait le courage nécessaire pour l'aborder... De plus... une identification du spectateur avec lui est également possible, ce n'est pas un grand méchant Valmont, et l'idée de montrer à Dawn combien elle se fait des illusions sur elle-même et le sexe a quelque chose de tout à fait jubilatoire. Sa condamnation morale du reste du monde peut parfois porter sur les nerfs... On pense vaguement "et toc" tout de même, au premier degré... au premier degré... !!! Il abuse d'elle, tout de même, on n'est bien d'accord, mais le film a plus d'un sens...

- le vieux pervers : alors oui, des vieux pervers, il y en a à la pelle, et en effet, c'est dégouttant, mais il n'y en a proportionnellement sans doute pas plus que des jeunes, il faut juste manquer de chance et tomber dessus...

- la loi du talion : le frère est méchant, la soeur le punit, le castre... le danger, c'est de tomber dans le "bien fait pour lui". Le film se veut léger et drôle, le rottweiler recrache l'extrémité du pénis à cause du piercing géant. Le frère est abandonné pleurant sur sa virilité perdue, sans défense et pathétique. D'une certaine façon, dans tout le film, Dawn applique la loi du talion, tu me violes ? Je te castre. Tu me trompes ? Je te castre. Vous me forcez ? Je vous sectionne les doigts. cf Hard candy. Les situations la mettent en position de légitime défense, et semblent lui donner raison, mais gardons-nous de considérer la castration comme le remède aux violences sexuelles faites aux femmes.
Ce que le film pointe peut-être bien plus derrière, c'est la crise de responsabilité, de contrôle de tous. Personne ne semble avoir de contrôle sur ses pulsions, certianement pas les hommes, et Dawn pas plus qu'eux - elle ne le fait exprès qu'avec son frère, quand elle a compris comment cela fonctionne. Les hommes sont en fait complètement démunis, aussi bien devant leurs pulsions, que devant les catastrophes que cela crée. La castration peut se voir comme une métaphore des conséquences de leurs actes. Un violeur irait en prison, un parieur se ferait humilier, la castration peut être d'ordre symbolique, sociale : cf Merteuil dans Les Liaisons dangeureuses, c'est un peu ce qui lui arrive à la fin, son humiliation lui coupe les griffes. Les femmes, ont en effet en elles-mêmes la possibilité de se défendre autrement que par la castration. Celle-ci, par son caractère irrémédiable, relève de la vengeance et non de la punition. Pour les femmes spectatrices, il faut se garder de la satisfaction du "il l'a bien cherché". La société ne fonctionne pas comme cela, la légitime défense ne légitime pas pour autant une sanction aussi irrémédiable. Certes, cela relève le débat sur la castration chimique, mais enfin, le film, d'abord, encourage à être responsable et assumer ses actes, c'est peut-être sa leçon d'ailleurs.

Quant au problème de l'abstinence, la chasteté, la "pureté" aux Etats-Unis, il ne fait que montrer à quel point le sexe est sujet à controverse dans ce pays. Il fait encore l'objet d'un jugement moral, gradué : l'idéal : abstinence complète avant le mariage. Parler de sexe crûment, c'est mal. Coucher avant le mariage, c'est mal. Se masturber, c'est mal. Coucher avec quelqu'un qu'on aime hors mariage, c'est mal; mais enfin, si on ne peut vraiment pas s'en empêcher, se retenir, c'est toujours plus acceptable que les "one night stands" - les plans culs ou les plans d'un soir : le mal absolu, l'enfer, la dépravation, la luxure. Il y a encore une sérieuse équivalence entre sexe et bestialité. Les gens qui pratiquent le sexe librement sont, aux yeux des abstinents, des bêtes. Le problème est réel et accru dans la mesure où la pudibonderie américaine est telle dans certains Etats que l'éducation sexuelle est nulle, et l'ignorance, c'est bien connu, est mère de tous les maux...Un indice : le terme de pureté. Dès qu'on parle de pureté appliquée aux humains, il y a un problème derrière (cf pureté de la race chez Hitler...). En face de ces rigoristes, les petits jeunes de 13 - 14 ans qui couchent à tout va, et les jeunes adultes et adultes qui font pareil, qui se font des tableaux de chasse, enfin, pour qui c'est un sport comme un autre. On peut se demander si l'un comme l'autre n'aurait pas tort. Il doit bien exister au milieu au-dessus, cf le juste milieu aristotélicien, un groupe de personnes, les gens normaux, qui ne se pose pas de question, ne moralise pas le sexe, ne le fait pas pour ou contre quelque chose (Dieu, la moral, le conformisme, la provocation, la prétendue libération), mais sans arrières-pensées.
Pour nous, Européens, c'est bien moins problématique, la religion n'est plus si prégnante, et de morale, nous ne nous posons pas tant de questions. Mais le problème est réel au Etats-Unis, une hypothèse, le sexe ne relève pas de la sphère privée mais du social, on en rend compte devant la communauté et devant Dieu. Et tous jugent... Cela raidit forcément les attitudes. En France, pour le moment, cela relève de la sphère privée, relevait, mais le mouvement de fonte du privé dans le public devient le même... Simplement, moins moralisateur, le sexe est "juste" un outil marketing... a priori, j'aurais tendance à dire que bientôt aussi, il tendra à définir quel genre de personne on est, respectable ou non selon les critères de la toute puissante opinion publique et du politiquement correct.

Que d'hypocrisie dans tout cela...

vendredi 9 mai 2008

Balanchine - Noureev - Forsythe


J'ai eu l'opportunité merveilleuse d'aller voir ce ballet, hier soir, 8 mai, pour son avant dernière représentation à l'opéra Bastille. C'est un pur enchantement. De façon surprenante, les deux ballets à se ressembler le plus sont ceux de Balanchine et de Forsythe, par leur sens de l'épure, Noureev offrant au milieu une transition richement colorée, extrêmement dynamique, qui enlève le spectateur et le prend à bras le corps, prostré en avant pour mieux en capter toute la beauté, pour le laisser replonger dans la contemplation des deux ballets cadres.

Balanchine d'abord, j'ai été surprise des tenues très épurées des danseurs du corps de ballet, tout d'abord, comme pour mieux concentrer l'attention du spectateur sur ces corps en mouvements. Alternance de différents tableaux, plusieurs couples, des solos, homme seul, femme seule, des ensemble: un homme et des femmes, une femme et des hommes, et un très beau final qui place à nouveau tous en scène ensemble et surprend le spectateur par l'ampleur du corps de ballet, en fait, les costumes ne variant pas de l'un à l'autre, jamais, avant de les voir tous, je ne m'étais attendue à ce que tant de danseurs aient défilé sur la scène. Ms goûts personnels me portent à souligner les solos, et une danse entre deux hommes, que j'ai trouvés éblouissants, les différentes danses ont dégagé une grande sensibilité, de belles prouesses physiques. Enfin il y avait cette façon de marcher, récurrente dans tout ce ballet, avancer la jambe, pointe, poser, basculer le poids, avancer l'autre, pointe, poser, basculer le poids. Elle prenait l'œil, comme une langue un peu étrange, dont on ne sait si elle est réellement mélodieuse, mais qu'on ne se lasse d'entendre. Voilà pour le grand Balanchine.

Noureev ensuite. Le ballet dont on rêve toutes quand on est petites filles. C'était de toute beauté, et si rapide, si vite terminé... les costumes des danseurs étaient magnifiques, de belles robes rouges types russes, certaines longues, certaines terminées en tutu, un couple en noir, et un couple en beige doré, avec une danseuse recouverte de strass dorés et jaunes. Ne fût-ce que pour cela, elle attirait déjà tous les regards. Deux solos ensuite, de ces danseurs dorés, à couper le souffle, magnifique, on imagine très bien Noureev faire ces arabesques, et voir toute cette vingtaine de danseurs dans leurs costumes rouges, tous sur la scène, servant de cadre magnifique aux danses de certains d'entre eux, c'était absolument ravissant, d'une grande richesse de tons. Un seul regret, que le tableau entier s'anima à un moment et non juste certains de ses membres. Mais je n'ai vu là que des extraits, sans doute cela est-ce dans le ballet dans son intégralité. Toujours est-il que la beauté esthétique et toute romantique, si je puis dire, sans suggérer d'emblée les travers de cet adjectif, m'a complètement séduite. Je suis venue pour Noureev, et la splendeur qui m'a été offerte ne m'a pas déçue.

Forsythe enfin. Forsythe, cela fait un moment que j'en entends parler, que je lis des revues dans le Monde sur certaines de ses productions, et qu'il me tente et m'attire. Ce fut mon premier contact réel avec lui. Son ballet est très particulier, surprenant, on a l'impression d'abord de surprendre une séance d'échauffement ou de répétition pour les employés d'aéroports qui guident les avions sur la piste, dans une fausse lumière jaune assez troublante. Puis le rideau descend. On se dit tiens... panne ? Artifice de Forsythe ? Il remonte, on reprend un autre tableau, puis ça recommence. la fatigue aidant, évidemment, on a beaucoup rit - surtout en entendant les pas des danseurs cavalant à l'autre bout de la scène, et on a peur que ce soit un moyen un peu facile de créer de l'effet à peu de prix. Mais il n'en est rien, et avec le recul aussi, j'aime beaucoup la poésie de ce rideau noir qui descend à toute vitesse sur une danse en train de se faire, et se relève sur un autre tableau, jour - nuit - jour- nuit, tranches de vie surprises, avec la danse qui continue en dépit de tout derrière, jusqu'à reprendre ailleurs. Elle nous attendait pour recommencer, comme un rendez-vous décalé. Contrairement aux deux autres, ce ballet n'avait pas l'accompagnement de l'orchestre, mais lors de la seconde partie, un excellent pianiste (hier soir en tout cas c'était un homme), est venu nous captiver par une musique absolument envoutante. Le rideau s'est relevé sur des danseurs en vert eau, pour une séquence subtilement différente, avec toujours ces effets de bras très spectaculaires, pensez-vous, vingt ou trente danseurs bougeant à l'unisson, et ses claps les ponctuant. La musicalité des mouvements était extrêmement saisissante. Elle semblait réellement vécue, et non simplement ornée comme elle peut l'être, c'est ce qui m'a le plus touchée dans ce ballet-ci, la musicalité de la deuxième partie, et même fatiguée, même avec l'envie de rentrer m'ensevelir confortablement dans un fauteuil, j'étais tendue par le rythme, les notes, le charme au sens fort, de cette deuxième partie qui à la fin du compte, m'a vraiment semblé filé. Je serai désormais aux aguets pour une prochaine occasion de voir un ballet de Forsythe.

Ci-dessous, les détails de ces trois œuvres, empruntés au site de l'opéra Bastille.
Photo du ballet de Balanchine.

Les Quatre tempéraments

Musique Paul Hindemith
Chorégraphie George Balanchine

Raymonda (extraits)

Ballet en trois actes
Sujet de Lydie Pachkoff et Marius Petipa

Musique Alexandre Glazounov
Chorégraphie Rudolf Noureev
d’après Marius Petipa (Opéra national de Paris, 1983)
Décors et costumes Nicholas Georgiadis

Artifact Suite

Musiques Johann Sebastian Bach, Eva Crossmann-Hecht
Chorégraphie, décor, costumes, lumières William Forsythe
Piano Margot Kazimirska

dimanche 30 mars 2008

red dream


She did not light the cigarette - she never did during class sessions - but she held it between her long white fingers, with their tomato-red nails. Suddenly, she noticed our silence and, like a child caught stealing a chocolate, she looked at her unlit cigarette and crushed it in the ashtray with a disarming smile.

How do you get away with those nails ? I asked her, to change the subject. I wear gloves, she said. even in summer I wear dark gloves. Polished nails, like make-up, were a punishable offence, resulting in flogging, fines and up to one year imprisonment. Of course they know the trick, she said, and if they really want to bug you, they'll tell you to take off the gloves. She babbled on, talking about gloves and fingernails, and the she came to a sudden halt. It makes me happy, she said in a thin voice that did not suggest any trace of happiness. It's so red it takes my mind of things.

"Off what things ?" Nassrin asked, gently for once.

"Oh, things. you know." And then, she burst into tears. we were startled into silence. Manna grudgingly, with an obvious attempt to resist Azin's tears, passed her the box of tissues. Mashid recoiled into her shell, and Nassrin leaned forward, her hands locked together in a ferocious grip. Yassi, who sat closest to Azin, leaned towards her, gently pressing her right shoulder.


Un passage d'un de mes livres fétiches, Reading Lolita in Tehran. Il vient de la section consacrée à Pride and Prejudice, le livre d'une société où les petits détails cachaient un abîme de sens. Parce que seuls les détails peuvent passer inaperçus dans une société très soucieuse de son décorum. Les détails, les plus petites choses, celles où l'on peut cacher le plus de sens, celles aussi où on peut parfois se laisser aller à exprimer une forme de liberté. D'une certaine façon, c'est bien ce dont il est question ici, d'une certaine forme de liberté dans un régime qui n'en autorise aucune a priori. Azin, si elle est surprise à vernir ces ongles de ce rouge scandaleux, risque les coups et la prison. Or les ongles, les ongles, c'est minuscule, qui, dans notre société, remarque les ongles ? certes, on les voit s'ils sont vraiment beau où vraiment laid, mais... on peut se promener avec du vernis écaillé, ça ne choque personne. là-bas, des ongles faits... c'est presque une révolution.

Et cette petite transgression est savoureuse, elle a le goût des plaisirs interdits - un enfant surpris à voler du chocolat. C'est une petit cadeau de soi à soi, prendre soin de soi est important, et, aussi, c'est montrer qu'une part du corps résiste, c'est un choix complètemnet conscient et aussi assumé que possible, certes, c'est interidit, mais voilà, mes ongles sont une partie de moi, et je choisis ce que j'en fais.

L'autre pendant de ces ongles vernis, c'est l'ouverture vers un autre monde. Regarder ses ongles détourne son attention du présent dans lequel elle se trouve, en les regardant, elle peut oublier dit-elle, éviter de penser. Comment cela fonctionne-t-il... ? elle a des ongles parfaits, soit longs, réguliers, et au vernis impeccable. Cette image, microscopique presque de la perfection suffit à ravir l'esprit. La perfection est si rare, si inaccessible, que sa contemplation ne manque jamais de la ravir dans une forme de fascination muette. C'est sa paix de l'esprit. Cette fascination muette devant ses ongles. Et les mains bougent, font des signes, dessinent des symboles, regarder ses ongles rouges évoluer de la sorte est hypnotique. C'est le divertissement dans toute sa splendeur.

Avis aux détracteurs de la "superficialité", elle n'est pas toujours vaine. Comme le masque, l'apparence, ce qu'on donne à voir doit toujours interpeller quant à ce qu'on donne à cacher, l'ailleurs, l'autre face. C'est toujours un ensemble de signes qu'il convient de déchiffrer, selon deux lectures possibles, l'une, superficielle... l'autre symbolique. Vers quoi cela fait-
il signe ?
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.

traduction :

Elle n’alluma pas la cigarette – elle ne le faisait jamais durant nos cours – mais elle la tient entre ses longs doigts blancs, aux ongles rouge vif. Soudain, elle remarqua notre silence, et comme une enfant pris en train de voler un chocolat, elle regarda sa cigarette éteinte et l’écrasa dans le cendrier avec un sourire désarmant.

Comment fais-tu avec des ongles pareils ? Je lui demandai, pour changer de sujet. Je porte des gants, dit-elle. Même en été, je porte des gants foncés. Des ongles manucurés, tout comme du maquillage, étaient une effraction digne susceptible d’être punie par des coups de fouets, une amende et jusqu’à un an de prison. Evidemment, ils connaissent le truc, et s’ils veulent vraiment vous coincer, ils vont vous demander d’ôter vos gants. Elle continua à bavarder, à parler de gants et d’ongles, puis elle s’interrompit brusquement. Cela me rend heureuse, dit-elle d’une voix faible qui ne suggérait aucune trace de bonheur. C’est tellement rouge que ça détourne mon attention de ces choses.

- « de quelles choses ? » demanda Nassrin, d’un ton pour une fois doux.

- « oh, de choses. Vous savez bien. » Et sur ces mots elle fondit en larmes. Nous nous

tûmes, interloquées. Manna, à contrecoeur, dans une tentative évidente pour résister aux larmes d’Azin, lui passa la boîte de mouchoirs. Mashid rentra dans sa coquille, et Nassrin se pencha en avant, ses mains soudées étroitement soudées l’une à l’autre. Yassi, qui était elle assise au plus près d’Azin, se pencha contre elle, lui pressant gentiment l’épaule droite.

mercredi 12 mars 2008

invitation

... à vous rendre sur le blog de mon amie Hisel (colonne de droite), déjà, parce qu'il est excellent ! et en plus, parce qu'elle a fait un article intéressant et rigolo sur le métro, auquel j'ai répondu en commentaire, ce qu'elle a récupéré pour un nouvel article. bonne surprise d'ailleurs.
allez voir, c'est drôle et elle a une très belle plume !

vendredi 22 février 2008

Plus de tango !

Qui a dit que je serai frustrée du tango ce soir juste parce que je ne peux pas aller danser... ?
petit commentaire d'un tango pour le moins hors du commun... du coup, bien sûr, on aime ou on n'aime pas.... regardez plutôt :

http://www.youtube.com/watch?v=q4zeyMq1q7s&feature=related

Bien !
C'est du "tango nuevo", assimilé tel, non pas par les pas... orthodoxes ici, mais davantage par le style et... Gorillaz... (et la tenue pour le moins sexy de la belle Mariana).

Les puristes hurlent à ce moment-là parce que ça ne correspond pas à l'image qu'on a traditionnellement du tango. Il est vrai que ces partis pris peuvent choquer.

Au-delà de cela, ce qui est particulièrement intéressant sur cette vidéo, c'est qu'au vu de la tenue de Mariana, on ne peut pas ne pas regarder ses jambes tout le temps, il doit y avoir une loi organique, quelque chose, le contraste des couleurs, le regard est mesmérisé quoi qu'il en soit. cela permet de voir la précision extrême de ses pas. Ils ne font rien de particulièrement difficile en soi... mais ils le font avec une précision chirurgicale que je trouve relativement impressionnante tout de même.

De plus, Gorillaz a cela de pratique qu'il faut être sourd ou complètement obtus pour ne pas entendre le rythme : tam... tamtamtaaamtam-tam...tamtamtaaaamtam... c'est quarante fois plus simple que sur une chanson de tango où le ryhtme est plus subtil, plus fondu dans le corps des instruments. il domine ici, pour un peu, c'est le coeur de la chanson. il n'en reste pas moins qu'il est composé de temps et de contre-temps... cela permet d'observer le jeu dont ils sont l'objet en tango, et qui en fait tout le sel, la beauté, la complexité, et la difficulté extrême. Sébastian marque parfois le temps, parfois le contre-temps, ce qui donne une alternance de pas lents, avec des pas brefs, rapides. Mariana n'a aucun moyen de savoir quand il va suivre l'un ou l'autre... c'est là tout le talent du guidage (et de l'écoute pour elle...). et c'est ce qui fait que la danse qu'ils improvisent ici, qui a l'air de rien parce qu'au niveau des figures, elle est relativement accessible, pas aux débutants, mais aux danseurs intermédiaires... se révèle en fin de compte d'une grande complexité.

D'où le paradoxe de la critique qu'on peut souvent voir de ces partis pris "nuevo", on dévoie le tango... certes, musicalement peut-être, mais... il n'y perd rien, la quintessence la danse est toujours là. Il n'y a pas basculement dans la facilité. La danse qu'ils font reste une danse difficile, accessible uniquement aux bons danseurs parce qu'elle est extrêmement subtile. c'est une danse libre, de création pure... alors certes, on connaît les figures (on, les femmes qui doivent suivre le guidage, on, les hommes qui guident des figures ouvertes où la femme choisit la sortie et ils s'adaptent...), mais on ne sait pas forcément quand, on ne sait pas quel va être le rythme dominant, le changement de rythme se fait sur un pas, sans préavis, parce que c'est fondamentalement une danse d'improvisation. d'où sa réputation méritée - certes, ça me fait plaisir de dire cela... mais j'en ai fait et j'en fais encore parfois largement les frais... - de danse de couple la plus difficile...

Mais quel sentiment d'accomplissement... ! Que de création... ! Que de beauté ...! Que de plaisir !

Vivent les Troyens

Avis à ceux qui se font polluer par les pubs quand ils affichent mon blog... du genre une petite fenêtre pour un site de vente et d'achat aux enchères bien connu sans petite croix pour la fermer, qui ne peut se réduire, et qui ont aussi toujours, au moindre clic, une autre page du navigateur qui s'ouvre sur un autre site de vente par correspondance ou autre... il y a plus efficace que adblock... !
j'ai découvert que j'avais un troyen niché bien au chaud sur mon laptop. mon antivirus l'a mis en quarantaine, pendant que je cherchais le moyen de le bouter hors de chez moi. c'est chose faite. et du coup, divine surprise, plus de pub ici... alors que ça doit faire 6 mois que j'en avais, et une journée que j'avais ce troyen. allez comprendre.
le doux nom de cet hôte indésirable est trojan horse Navi Promo. b sans les espaces. donc si votre antivirus vous le signale...
pour s'en débarasser. soit vous googlez navipromo. soit vous cherchez directement un logiciel GRATUIT (et ça c'est pas une synécure...) qui s'appelle navilog1, que vous installez. les instructions sont très détaillées sur la page que propose google. vous lancez la recherche,il vous dit quels fichiers sont infectés. vous relancez le programme pour désinfecter. vous redémarrez. vous vérifiez qu'il n'y a plus personne. vous désinstallez navilog. vous allez sur votre navigateur, outil/option/contenu/certificat (ou autre, dépend des navigateurs), pour voir les sites autorisés à afficher des fenêtres popup. le site où vous téléchargez Navilog vous donne la liste de ceux à bannir. et après, si vous êtes encore vaillants..., vous relancez votre antivirus pour voir s'il n'y a plus personne.
et après... Home Sweet Home...
étrangement, votre cher ordinateur plantera beaucoup moins, se remettra en veille... tout sera comme avant...

lundi 11 février 2008

On Chesil Beach


Je n'avais absolument pas l'intention d'acheter de roman anglais ce jour-là en me promenant dans ma librairie favorite... mais j'aurais dû savoir à quoi m'attendre... hélas la chair est faible et je n'ai pas lu tous les livres. Certainement pas le dernier Ian Mac Ewan en tout cas - Atonement, vous vous souvenez, connu aussi sous le nom d'Expiation en frs, et de Reviens-moi en film, avec la jolie Keira Knightley, que je ne suis pas allée voir par contre....

Bref, me voilà face à ce livre, court en plus, et là, je sais que ce n'est pas la peine de lutter, donc je l'achète... autant faire simple, ça m'évitera d'y retourner dévorée d'impatience dans la journée ou la semaine. l'acheter, c'est le sortir de ma tête. j'ai réussi à l'oublier - j'avais malheureusement à faire - jusqu'à aujourd'hui... et là, sur mon lit, paresseusement allongée, j'ai pu me laisser aller au plaisir de suivre la jolie plume de Mac Ewan.

Comme dans Atonement, sa plume est faite d'aller retour, confrontation des points de vue des personnages, mais pas nécessairement des mêmes scènes revues et rejouées, non, ce n'est pas cela, c'est davantage comme entendre un couple tour à tour nous confier ses problèmes, ils ne mettent pas forcément l'accent sur les mêmes choses, ni de la même façon. Car c'est bien d'un couple dont il s'agit, un jeune couple, ils se sont mariés le matin, ils ont 22 ans, ils sont à l'hôtel, tous les deux vierges et c'est leur nuit de noce. ce sont des gens de bonne famille, ils croient plus de choses qu'ils n'en savent réellement. et le désastre auquel cela aboutit, sa préparation et ses conséquences permet à l'auteur de creuser au cœur de leur relation. de leur amour. leur rencontre, tous ces petits moments qui, ces petites choses qui, vus des deux points de vue, particulièrement de celui du jeune marié. On ne peut s'empêcher d'être touché, vraiment, par la détresse de ces personnages. l'humiliation du marié, la détresse, la tristesse et la panique de Florence, jeune oiseau effarouché complètement frigide qui s'envole à la première catastrophe. on a de la compassion pour eux, et aussi ce petit regard - ils sont bien gentils... qui vient de ce que nous qui savons nous apitoyons sur les errances de ce couple, complètement à côté de la plaque... c'est si peu de chose. et oui, mais pas pour eux. pour eux c'est autre chose, pour eux c'est bien plus et ça remet tout en question... toute leur relation se fait la chambre d'écho de leur chambre à coucher, et ça, ça quand le sexe aujourd'hui est si facile et veut parfois dire si peu, même si on les regarde en souriant de s'y prendre si mal... ne peut que toucher et insinuer une petite pointe d'admiration pour une telle pureté et intégrité de sentiment.

Alors ce livre, je ne sais pas trop quoi en faire... vraiment pas, je ne sais encore ce qu'il veut me dire... un livre, quand on le lit, on s'arrange toujours pour le faire entrer en résonance avec notre propre vie en s'émerveillant comme surpris après de ce qu'il était pile le livre qu'il nous fallait à ce moment là. je réfléchis vers ce qui m'y a poussé et je doute... nostalgie de la bonne éducation d'avant, quand le sexe avant le mariage était proscrit... certainement pas ? peut-être plutôt une certaine tendresse pour l'innocence de ces personnages quand aujourd'hui, si on y réfléchit, on est dans une société où il faut assurer. il n'assurent pas, et c'est pour ça qu'on les aime... qu'il nous touchent. leur innocence est belle, et en rire ou en sourire me donne la vague impression d'être rouée...

Mais je divague, l'intérêt du livre, vraiment, avant tout, c'est la peinture de ces petites choses, la façon dont l'auteur creuse à l'acide ce qui fait la nature même de leur affection l'un pour l'autre... après, on aura le droit de réfléchir à l'importance du sexe dans une relation, obsédés que nous sommes, mais d'abord, un peu de poésie...


Tiens allez, j'ajoute une critique anglaise que je trouve excellente...
Etrangement, pour elle, Mac Ewan, c'est le romancier des moments clefs, comment un moment fait basculer une vie. oui, certes, il est complètement cela. mais ce qui m'a frappé chez lui, c'est la façon dont il montre dont toute la vie entre en résonance avec ce moment. Tout l'avant, toute la perception qu'on en a, tout l'après... j'aime les fenêtres sur d'autres moments qu'il ouvre autour d'un instant.

Is life a series of little moments, or is it shaped around one or two colossal moments? Ian McEwan evidently believes the latter for in much of his fiction, he writes about the power of one definitive moment in the lives of ordinary people. Saturday revolves around a random car accident and its unforeseen effects in a post 9/11 world. Atonement explores the impact of a seemingly unimportant incident and its far-reaching effects during World War II. His new novella, On Chesil Beach examines a missed opportunity between two lovers in early 1960s England.

McEwan has a remarkably distinctive voice. His narratives move feverishly forward, cutting between the past and present. His writing is spare and lyrical, confident though subtle. But what is most affecting about his work, further illuminated by his recent novella, is what he is able to do with this big moment. When it is presented to his characters, the judgments they render give a clear picture of a specific era, and ultimately, of the whole civilization to which they belong.

On Chesil Beach is about one night in England in July 1962, "a time when conversation about sexual difficulties was plainly impossible." It echoes the first lines of Philip Larkin's oft-mentioned Annus Mirabilis: "Sexual intercourse began/ In nineteen sixty-three/ (which was rather late for me) – /Between the end of the Chatterley ban/ And the Beatles' first LP." Two young virgins, Edward Mayhew and Florence Ponting, are finally alone on their wedding night. They sit straight-backed in their chairs at an oppressively formal dinner, move food around on their plate, listen helplessly to the news. They are individually preoccupied with visions of the ensuing sexual act, though they dare not voice anything. "Edward and Florence- free at last!" McEwan proclaims in the opening pages. But clearly, they are not.

They meet the summer after graduating university- he studied history and she studied violin- and for Edward, it is love at first sight. Their ritualized courtship advances slowly; thankfully, McEwan tells you this outright in a few sentences. Their half-realized love grows, but McEwan only illustrates this in a few short scenes. It takes until the end of the book to be convinced they are genuinely in love, and if there is a flaw, it is that the period detail doesn't leave enough room for the emotions of his characters. Of course, this is precisely his point.

The differences between the two abound. Edward is from an unconventional, middle class family; Florence is from a frigid, aristocratic family. Edward likes rock and roll; Florence enjoys classical music. Edward is desperate to have sex; Florence is disgusted with it. And herein lies their big problem. Whenever Edward tries to kiss Florence, she recoils. When he unzips his zipper, she considers it impolite. The marriage proposal comes after Florence removes her hand from a suggestive position, and Edward, in a state of ecstasy and excited expectation, can bear it no longer. Throughout, their rift perpetually grows larger: his lust, her revulsion, his sexual frustration, her claustrophobia.

"Why were these lovers in a modern age so timid and so innocent," McEwan asks at the beginning of the second part. He asks again, later, "what stood in their way?" And this time he answers it directly, "their personalities and pasts, their ignorance and fear, timidity, squeamishness, lack of entitlement or experience or easy manners, then the tail end of a religious prohibition, their Englishness and class, and history itself."

On Chesil Beach is primarily a period piece of a young couple living on the cusp of the 60s rebellion. The question was never if their relationship could have worked. "Social change never proceeds at an even pace," McEwan writes. We are all products of our time and our culture; Edward and Florence are no exception. They are born when it is still uncertain whether they will speak German or English and though the anti-bomb rallies in Trafalgar Square have begun, they are a few years too early to be a part of the social upheaval. Their love is tainted by the constraints of their era, an era that obscures, casts shadows, and limits possibility.

What they can never speak of is that he masturbates frequently and has a secret thrill for bar fights. Or that she suffered a vaguely incestuous relationship with her father and abhors sexual touch. Or that he has a brain-damaged mother who has been kept isolated from the rest of town, and that he never knew what was wrong with her until he was fourteen because he never asks. Necessary conversations, particularly between two people with such troubled histories, cannot exist within the boundaries allowed by their society. The intrinsic chaos of human relationships is kept in line by formal dinners, slow walks on the beach, headbands, and tennis matches. They are condemned to the conventions of English propriety. McEwan makes it obvious to everyone but the couple themselves, that their problems "were already present in those first few seconds, in their first exchange of looks." This decade was not for them.

The finale takes place on Chesil Beach after the worst has come true in the bedroom. The chords strike large and this is McEwan at his best, writing sentences that could practically be sung. Edward's big moment is in the form of a conversation, and he doesn't know what to do with it. Though both Edward and Florence begin to break down barriers of English propriety, they are the wrong ones. They fight, but unaccustomed to such openness, it is almost as if each is acting only for themselves and in the name of their new freedom of expression, reckless to say anything to exercise it, unaware of the consequences. They walk away broken and spend their lives apart. McEwan has much sympathy for them because love could never conquer their times. There is also empathy to be felt, because to empathize with them is to feel a universal agony of restraint, restraint of which Edward and Florence, tragically, are old pros. The epithet? "This is how an entire course of a life can be changed- by doing nothing."

It is interesting to think about how their relationship would have played out in July 2007. Today. lustful passion is easily acted out between the sheets, but declarations of love are abundantly harder. The modern love story seems to be a mirror image of Edward and Florence. Is this where our tragedy of lovers lies? That we live in an era when, if a big moment presents itself, the timid, quivering love, waiting to surface, to be declared, gets squashed by two lovers having a romp around the sheets.

-Katherine Ryder

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