dimanche 21 septembre 2008

like a compass, a man's finger...



A Thousand Splendid Suns, de Khaled Hosseini, son dernier livre, est une petite merveille qui en suivant deux personnages vite passionnants offre un vaste aperçu de l’histoire politique eet sociale de l’Afghanistan sur une trentaine d’années.

On a beau savoir des choses sur l’Afghanistan, les conditions de vie choquantes que les talibans mettent en place lorsqu’ils prennent le pouvoir, il y a toujours des choses que l’on ignore, les conditions de vie concrètes, si éloignées des nôtres, nous sont presque inconcevables. C’est le propos du genre romanesque en lui-même, par l’imagination, nous permettre d’accéder à un type d’expérience qui dans la vie nous est étranger. Le dépaysement est total dans ce roman, l’auteur nous immerge complètement dans la vie de ces deux femmes, nous fait partager leurs souffrances, leurs espoirs, leurs luttes.

Les femmes sont les membres de la population afghane qui souffrirent le plus durant ces trente, quarante dernières années, aussi est-ce un parti pris aussi intéressant et nécessaire pour l’auteur que de s’intéresser à elle. il commence à l’enfance de la première des deux, défavorisé à un point à peine concevable, et en nous laissant suivre ainsi ce personnage jusqu’à a mort, il montre comment l’histoire, personnelle comme la grande, peut changer des gens, casser ou non des caractères. Comment on passe d’une naissance relativement libre à celle d’esclave, comment la volonté peut-elle le supporter. Est-ce qu’on renonce complètement à soi ?

Là entre dans l’histoire la seconde femme qu’on ne voyait d’abord que de loin. Ennemies au départ, elles s’allient vite, et pour le meilleure, la deuxième apporte du sang neuf, une seconde jeunesse, si à trente ans on est vieux, à cette femme qui a déjà tant vu de la vie, et lui offre le choix. Celui de choisir qui elle veut être. On peut réfléchir, se demander dans quelle mesure la différence de leur parcours influe sur le fait que la deuxième est forte, insoumise, et impossible à briser également. Pourquoi l’une plutôt que l’autre ? et là aussi, comment quelqu’un qui n’est pas près aux compromis arrive-t-elle à en faire, lorsque l’histoire l’y force, sans cesser d’être elle-même, sans renoncer à ce qu’elle croit.

Ce livre n’est pas seulement celui de comment on vit en Afghanistan, ce serait en limiter dangereusement le propos, plutôt, comment l’homme, la femme, peut-il s’adapter à tant de choses différentes, vivre et continuer à être soi-même, résister en son for intérieur quelles que soient les circonstances. Il accomplit donc beaucoup de choses d’un coup, nous donne un aperçu de première main sur des guerres et des conditions de vie dont on ne sait que peu, et rien qu’à ce titre, il mérite d’être lu, mais il nous demande aussi, et là, il dépasse bien le cadre de l’Afghanistan pour élever son propos au général, quand cesse-t-on d’être soi ? Comment survivre à la machine à broyer les hommes que l’histoire peut parfois se révéler être… en d’autres temps, d’autres lieux, et à travers d’autres expériences, il pose la même question que sur un genre peu sérieux, I am a legend, ou plus sérieux, Si c’est un homme





samedi 20 septembre 2008

avant première de "si sos brujo"...

Il y a des choses qui ne s’apprennent pas sur le seuil, mais au cœur de l’orchestre, dit en substance Wynton Marsalis , l’un des musiciens invités d’une histoire du tango.

C’est la raison d’être de l’Orquesta Escuela de Tango Emilio Balcarce, sujet du documentaire de Caroline Neal. Le projet naît de la rencontre entre la réalisatrice et Ignacio Varchausky, l’homme à l’initiative de cet orchestre. Ignacio a un rêve, une obsession, reconstituer un orchestre comme d’antan, pour renouer avec une façon de jouer, un toucher qui a disparu avec la fin des grands orchestres. Les maîtres ont pris leur retraite, leur savoir ne se transmet plus, c’est toute une tradition qui risque de disparaître. Outre son rêve, Ignacio est également poussé par la conscience aigue de la perte possible, et par un désir altruiste de permettre aux musiciens de la jeune génération d’accéder à une façon de jouer qui ne se maîtrise pas juste en écoutant les disques. Il faut un maître. Et au cœur de ce projet, Emilio Balcarce, monstre sacré du tango. Le film documente au moins autant la formation de l’orchestre, qu’il rend hommage à cette figure tutélaire qui fait l’unanimité aussi bien auprès des maîtres, que des jeunes musiciens.

Le film suit une trame chronologique, sans fausses frayeurs, sans anticipation. Caroline, souvent caméra à l’épaule, est l’ombre d’Ignacio, un œil qui le suit partout, l’accompagne dans une discrétion impressionnante. Elle ne prend pas parti, si ce n’est par son souhait même de faire le film, et jamais les personnes ne s’adressent à elle, ne reconnaissent réellement sa présence, ce qui crée un grand sentiment d’intimité pour le spectateur, et lui permet de s’impliquer bien plus en le laissant libre de ses émotions. Plutôt que d’assener un sentimentalisme de mauvais ton à l’entreprise presque philanthropique d’Ignacio, le film manifeste une réserve qui ne peut que séduire. Ignacio lui-même, colonne vertébrale de l’orchestre, celui par qui tout est devenu possible, est discret au point d’en être absent. Au fond, on ne sait même pas vraiment s’il joue dans l’orchestre, on le voit à peine avec les musiciens – or c’était son rêve, il pourrait en vouloir un peu pour lui ; tout ce qu’il veut c’est permettre le passage, la transmission, la rencontre avec une sobriété d’émotions incroyables – ce n’est pas la question au fond.



La subtilité est donc le maître mot de ce documentaire, éloge, mais qui pense convaincre davantage par la qualité de son sujet que par ses ronds de jambes, et plaidoyer pour la musique. Il s’agit de retrouver les arrangements originaux, les grands maîtres, mais pas parce qu’ils sont meilleurs, parce que c’est quelque chose qui se perd, parce que c’est une façon de jouer – en soit, un instrument – qui disparaît. Ramiro Gallo, l’un des violonistes de l’orchestre compose lui-même et l’orchestre joue sa musique. Il ne s’agit pas tant de faire revivre un vieux Buenos Aires mythifié que d’offrir à la musique, et surtout aux musiciens, toutes les opportunités possibles, une liberté de choix et de moyens incroyables pour s’exprimer dans leur art. Et les voir répéter, étudier, communiquer entre eux, un maître mot du documentaire, ne peut qu’enlever l’assentiment et susciter l’admiration du spectateur.

Une histoire du tango est un excellent documentaire, les dix premières minutes de film sont maladroites, trop de plans serrés, de tournage caméra à l’épaule, mais le sujet est excellent, et la réalisation devient vite très bonne. Le film est extrêmement riche en plus, on se passionne devant les difficultés pour créer et faire fonctionner l’orchestre, on vibre à l’unisson avec les cordes des violons, sans trémolos maladroits, on voit un rêve devenir réalité, rêve matérialisé de façon très poétique par diverses scènes très épurées qui scandent le film, tournées à la Milonga Ideal – nom bien choisi pour l’occasion – un haut lieu de la danse et de la musique à Buenos Aires. On y voit au fur et à mesure le rêve devenir réalité, et l’orchestre se constituer.

Et le rêve est bien réel, l’orchestre existe maintenant depuis huit ans, il joue depuis des années à Chaillot, comme lors du grand festival de tango de juin dernier, et a un fort succès. Si Emilio Balcarce, 89 ans maintenant, ne joue plus qu’en tant que maître invité, on peut reconnaître sur scène certains des musiciens du documentaire, et l’orchestre survit à son maître dont il a prit le nom, sous la direction cette fois d’un autre maître, Nestor Marconi.

Le film, en complète résonance avec son sujet, peut donc être considéré comme un modèle de générosité et d’altruisme en son genre qui ne peut que conquérir son spectateur.



Retrouvez l'Orquesta Escuela sur le post "la bonne étoile" de juin, chronique du festival de Chaillot. http://lenora-latourdivoire.blogspot.com/2008/06/la-bonne-toile.html



Retrouvez d'autres critiques de films, de livres, de musique sur l'excellent culturopoing qui m'a permis d'assister à cette avant-première.
http://culturopoing.com/

mardi 1 juillet 2008

le parc de Bagatelle


On entre à bagatelle par une grille en fer forgé bleu et or, grille du jardin de Cendrillon, qui ne semble encore qu’une extension du Bois de Boulogne. Une auberge de luxe se découvre au bout de cette allée cernée de grands arbres qui cachent le jardin à proprement parler. On passe, une autre auberge plus pittoresque, brique rouge et pierre blanche. On passe, on passe vers le Kimonos. Ils sont beaux, mais peu nombreux, les couloirs sombres en rendant les couleurs d’autant plus éclatantes. Au fond, on est vite dehors… et sur sa faim. Et là, au loin un petit coin vers. Au surprise, un jardin de pivoines, belles, orgueilleuses, magnifiques et hautain comme les dahlias entêtants. Une sphinge les garde, marmorréennement. En face, blanche aussi, une paonne. Du jardin de cendrillon encore. Et à tourner autour d’elle pour la photographier, elle nous pousse lentement vers un étang de nénuphars et d’herbes folles. Au bout, une grotte, dans la grotte, une chute d’eau, et dehors aussi, et des canetons, et d’autres fleurs. Tournons autour de la grotte pour voir si on peut l’escalader, mais aussi, au loin, il y a encore une autre allée. Que nous suivons. Vers le repas des chats. Bagatelle regorge de chats et une âme bienveillante vient ce soir là sous nos yeux médusés en faire sortir une dizaine des fourrés autour de nous, méfiants, magnifiques et fiers. Une autre allée plus loin, une roseraie. Immense, des roses, des rosiers en damiers, des buissons de toutes les couleurs, les couleurs de répétant, et de belles roses dardant leur têtes lourdes sur l’horizon vert, face à d’autre roses, et encore des roses. Un océan multicolore de rose. Nous le quittons embaumés, entêtés, et l’allée sinueuse nous mène à une petite roche offrant un point de vue sur le parc, comme une grande cage à oiseau. A ses pieds, un autre petit étang, mais timide celui-là, aux belles plantes presque sauvages, presque, on ne s’y trompe pas, mais qu’en ont-elles l’air ébouriffé ! Et derrière cet étang, encore un étang, que de crapauds princes doit-il y avoir ici la nuit tombée. Cet étang-là est celui de la grande-roche, plusieurs mètres de haut, elle domine, et lâche une chute d’eau magistrale sur les calmes nénuphars ondulants à ses pieds. Nous y tournons, et retournons, et à force de tourner nous en éloignons, pour croiser deux paons, les vrais maîtres, incontestablement, de ce jardin. Ils nous poussent vers l’auberge, vue auparavant. Mais là, quelle surprise, la petite auberge rouge dissimulait un magnifique jardin de plantes grimpantes, un mur de roses multicolores ! Des arceaux de clématite violette, et des plantes folles, des plantes folles partout entre les allées, de toutes les couleurs, de toutes les tailles, rayonnant en tout sens. L’auberge dépassée, nous retrouvons l’autre, la luxueuse, sans nous en rendre compte, car, devant nous, médusés, la plus grande roseraie qu’on puisse imaginer. Cette fois les allées sont de graviers, et les rosiers, poliment plantés entre elles, et parfois, entre les buissons rampants, un rosier au tronc fin, développé en boule à sa tête se tend vers nous pour mieux faire sentir des fleurs de velours. Il y a de quoi se perdre dans cette roseraie, à vouloir toutes les voir, et d’avoir le vertige tant la tête tourne en tous sens à vouloir les embrasser en un regard, la munificence de ce jardin secret s’offre en un tel bloc sublime qu’elle laisse pantois, hébété, et triste sous l’effet du choc, de l’impossibilité, de la frustration et du manque. Un petit jardin aux calmes iris nous rassérène un peu, et l’allée monotone de sortie achève de nous préparer à quitter Bagatelle, à le laisser à ses paons, tandis que nous, pauvres mortels, vivons la descente dans le métro comme une chute dans l’artificiel et le mécanique, bien plus tangibles, embrassable, et concret, que la délicate beauté de ce jardin impalpable dont le souvenir aiguillon nous pique depuis ce jour.

plus de photo ici :http://picasaweb.google.com/latourdivoire/ParcDeBagatelle



mercredi 11 juin 2008

la bonne étoile...


Le théâtre de Chaillot donne en ce moment le cycle Buenos Aires Tango 4, composé de 3 programmes : Grotesca Pasion Trasnochada, dont on dit le plus grand bien, cf le monde, tango clasicos I, que j'ai vu ce soir, et II, que je verrai vendredi.

Et devinez qui dansait .... ???

Sébastian Arce et Mariana Montes...

ET

Damien Rosenthal et Céline Ruiz, Claudia Codega et Esteban Moreno, Gloria et Eduardo.

J'ai acheté les billets en octobre, je n'avais aucune idée de qui danserait. Bien m'en a pris, autant pour mon séjour en Angleterre, me voilà avec 4 couples merveilleux pour le prix d'un...

http://www.theatre-chaillot.fr/spectacle.php?id=63&view=media

Le spectacle s'organisait autour des différents aspects du tango, la musique et la danse y ont eu part égale, ce qui crée d'emblée un bon équilibre et donne du dynamisme à ce speactale. L'orchestre, vraiment excellent, les cordes étaient d'une beauté, et le bandonéon... un régal. les partis pris de Nestor Marconi (le chef de l'Orquesta Escuela de tango Emilio Balcarce) étaient intéressants, il a offert une lecture personnelle d'un arrangement de différents grands morceaux de Piazzolla relativement différente de celle que j'aime, mais qui n'en était pas moins belle, outre le plaisir de la version à découvrir et apprécier. il a alterné avec un duo de guitare-piano, j'ai particulièrement aimé le rythme du piano, il était fort sans être écrasant dans les accords très graves, avec une guitare sèche, un peu surprenante, mais cela formait un très bel ensemble de trois chansons. Duo Salgan - Fabella. Outre cela, une très grand et relativement âgé maintenant chanteur de tango : Juan Carlos Godoy. Le contraste entre la fraîcheur de sa voix et la difficulté de sa démarche est saisissant, et sa Mariposa... il a vraiment un timbre très riche, très velouté...

Reste à parler de la danse...

Le couple Codega Moreno propose une danse très souple, très léchée dirons - nous, donc a priori, parfois un peu lisse, mais, du coup, qui donne un fini très satiné pour ces deux danseurs dont la réputation n'est plus à faire.

Rosenthal et Ruiz, comme toujours, c'est le couple le plus physique pour faire simple, Ruiz cherche ses appuis bas dans le sol, fait des volcadas en grand écart, a sur le visage l'expression dure et fermée de la souffrance - celle exprimée dans la danse, et celle que doivent faire subit à son dos certain gancho arrière qu'elle fait a priori sans guère d'élan, avec le poids à gérer seule... Esthétiquement, ils offrent un spectacle de tango classique, et moderne à la fois, classique, parce que leur danse parle des travers des couples, de la souffrance de l'amour, moderne, parce qu'il tient solidemment du néotango. De plus, ils sont assez grands, Damien a un visage charismatique, et Céline une beauté fragile et naturelle assez saisissante, et contrastant avec le lourd maquillage qu'on pu arborer Claudia et Mariana pour leurs premières danses.

Gloria et Eduardo, attention, couple très surprenant, ils ont la cinquantaine bien sonnée, voire plus, un solide embonpoint, mais un sourire... un de ces sourires... c'est le tango heureux ! ils racontent une histoire d'amour, qui a ses hauts et ses bas, mais qui n'est pas vécue au tragique, et ça, déjà, est un souffle d'air, et de plus, ils cachent bien leurs jeux, avec leurs petits pas mignons, ils vous donnent à croire le tango musette, et tout d'un coup, paf, la milonga explose et Gloria se met à bouger à une vitesse qu'on a du mal à suivre et complètement insoupçonné. Leur sourire, leur style, leur élégance leur donne une noblesse qui ne manque pas de susciter un torrent d'applaudissement, ils offrent une véritable fête et mettent de l'humour dans le tango. Un grand bravo !

Arce & Montes, en grande admiratrice, j'attendais plus, j'ai été frustrée, mais non déçue. Leur danse était propre, belle, d'une évidente beauté en fait, elle se donne elle-même comme belle en dehors de toute évaluation, on ne peut que la recevoir comme telle, c'est déjà un tour de force en soi. Ajoutez à cela la beauté de Mariana, son élégance féline, sa droiture, elle a une très belle tenue qu'on n'apprécie pas autant chez Céline qui danse plus dans les genoux, Mariana, elle est droite et fière, elle attire les regards, et son partenaire, avec ses petits sourires mutins pendant les danses sait diablement la mettre en valeur. Du coup, on en oublie les autres... tel un chat assis dans une rue où se trouvent côté à côte boucherie et poissonnerie, je me léchais les babines sans savoir où donner de la tête quand Céline et Damien, et Mariana et Sébastian dansait en même temps. ce fut un doux supplice, au détriment du couple Claudia - Esteban, je dois bien le reconnaître, mais, à mes yeux partiaux, le charisme des deux premiers couples est tel que c'est déjà un miracle si on peut en soutenir la vue en même temps. Il ne reste plus de place après...

Moralité, ce fut un merveilleux spectacle, j'ai failli pleurer de joie quand j'ai découvert qui en seraient les danseurs... et je l'ai passé avec un stupide sourire béat de ravissement qui m'a valu de bonnes crampes aux joues pour la fin de la soirée...

Vivement vendredi !

vendredi 16 mai 2008

Sebastian Arce - Mariana Montes

Une nouvelle vidéo de mes favorites. Tango superbe de mes deux danseurs fétiches, qui viendront au Chantier précisément quand je serai en Angleterre...

... ô rage, ô désespoir...!!!

lundi 12 mai 2008

addenda

... pour compléter le précédent.

Un médecin, une femme : Sonet Ehlers, entendant une victime de viol lui dire "si seulement j'avais des dents là en-bas", et repensant à la douleur d'un garçon qui s'était coincé dans sa braguette - ouch - a eu l'idée originale d'inventer un préservatif féminin denté pour prévenir les viols. On le met quand on n'est pas sûre de sa sortie (rendez-vous louche, trajet de nuit dans un endroit bien fréquenté...), et si un violeur nous attaque, les petites dents se referment sur lui, il souffre le martyre, a priori, on a la paix pour s'échapper et il est bon pour aller à l'hôpital se le faire retirer. Du coup, plus de problème si on est violées sous drogue, le préservatif sert de preuve, et a priori, il empêche aussi l'échange de fluides.

Parmi les FAQ, on trouve : "que faire si un homme entre dans ma maison pendant que je dors pour me violer ?" Réponse, gardez le toujours à portée, il se met très vite et très facilement.
On frôle pas un peu la névrose là quand même... ? La questionneuse apeurée doit vivre au fin fond de la zone et avoir déjà été traumatisée, sinon, j'avoue que j'ai du mal à comprendre...

http://www.rapestop.net/survey/index.asp

"vagina dentata"


C'est le principe de Teeth. Attention spoilers, je résume très brièvement l'intrigue. Ouverture sur une centrale nucléaire surplombant de sa jolie cheminée une petite ville de province américaine. Une jeune fille profondément engagée dans un mouvement d'abstinent, d'environ 17 ans, se découvre attirée par un autre jeune abstinent, ayant en fait déjà fauté. Vaguement désorientée par cette attirance, elle faiblit et l'appelle et se retrouve à batifoler avec lui près d'un étang isolé. La tentation est forte, elle veut finalement refuser, lui, frustré par tant d'abstinence "i haven't jerked off till Eastern !!!", insiste et entreprend de la violer, quand on découvre ce que le film avait commencer de suggérer, elle a un vagin denté, qui tranche net le sexe mal intentionné. Effroi général, débandade... La jeune fille se retrouve en crise, d'une part, elle a ébranlé ses voeux d'abstinence - en envisageant de les rompre - et d'autre part, qu'est devenu le jeune homme, disparu... Elle se renseigne, cherche sur le net, essaie de comprendre, découvre la légende du vagin denté que l'homme doit conquérir (alias, sa propre peur de la sexualité féminine). Décidant d'en avoir le coeur net, elle va chez un gynéco. Le médecin, modèle d'indélicatesse, la force de la main. Il y laisse quatre doigts. Completement terrorisée, elle se sauve, rentre chez elle, pour découvrir sa mère évanouie (elle semble avoir un cancer), en plein milieu du couloir, avec en fond son frère (tattouages, percing, rottweiler, photos suggestives, joints etc), en train de sodomiser sa copine, porte ouverte et musique à fond devant la mère effondrée dans le couloir. Dawn la fait envoyer à l'hôpital, et finit par se réfugier chez un autre garçon qui semblait avoir été gentil avec elle. Elle est en crise de nerf, il lui fait prendre un bain, lui donne un fort psychotrope pour la détendre, la fait boire du champagne, éclaire sa chambre avec une bonne cinquantaine de bougies, prépare un plan en résumé, la convainc qu'il est son héros, et parvient à profiter d'elle, vu l'état second dans lequel elle se trouvait. Autant pour ses voeux d'abstinence, la demoiselle s'amuse vraiment. Pas de pénis sectionné cette fois. Nouvelle session le lendemain, le téléphone du jeune homme sonne en plein milieu, il décroche, veut faire parler Dawn, elle se rend compte qu'il a fait un pari sur elle, ça l'énerve, clac, nouveau pénis sectionné. Elle retourne à l'hôpital, découvre que son frère avait entendu sa mère hurler et l'avait sciemment ignoré, qu'il a lancé son rottweiler sur son père qui avait essayé de le mettre à sa porte. Son frère, depuis tout petit, était amoureux d'elle et n'attend qu'une chose, pouvoir enfin coucher avec elle. Le sachant, elle lui tend un piège, le castre, et regarde, impassible, son rottweiler manger le précieux appendice au piercing géant avant de quitter la ville en autostop. Elle se réveille sur une aire d'autoroute, essaye de sortir de la voiture, verrouillée, elle se tourne vers le chauffeur, un sexagénaire lubrique qui s'imagine l'exciter en lui tirant la langue. Cris de dégoûts dans la salle. Haussement de sourcil exaspéré de Dawn, elle retente de sortir de la voiture, sans succès, et fini par se retourner vers le vieux avec, cette fois elle aussi, un petit sourire vicieux. Fin du film.

Ce film pose énormément de questions. Il se voulait au départ un film américain à petit budget, et de festivals en festivals, a remporté un énorme succès. Politiquement incorrect, il se voulait une variation humoristique sur ce mythe bien connu de la peur de la sexualité féminine de la part des hommes, et également un miroir tendu à l'Amérique névrosée du sexe. Il pointe ainsi divers problèmes :

- l'abstinence. Au départ, le monde merveilleux de Dawn, c'est t-shirt petits poney ou stras et paillettes avec un slogan assez dur contre la luxure, la dépravation etc. le sexe est foncièrement mauvais, dans l'absolu, devant Dieu, partout, tout le temps, il faut attendre, tout le monde. Nota bene, ses parents n'ont pas attendus... la virginité est un don précieux, inestimable, à faire à l'autre élu après le mariage. Sacralisation absolue. Suggestion du film, ses idées lui viendraient peut-être par contraste avec son frère qui mène une vie de dépravé et dont les pratiques sexuelles déviantes sont largement suggérées voire plus. En réaction, elle aurait la position opposée.
Le film énumère alors les incohérences, contradictions et ridicules d'une telle position : quel film aller voir au cinéma ? On ne peut voir un film avec des scènes de sexe... cela nous exciterait. Et même devant un dessin animé, son couple d'amis abstinents semble bien excité. Que faire...? On ne peut sortir qu'en groupe, livrés à nous-mêmes, on ne se fait pas confiance, et pire, si on se plaît, même en groupe, il vaut mieux s'éviter, on pourrait succomber. Cela suggère au fil du temps la peur de la souillure, la névrose totale que le sexe suscite chez certains jeunes, comme un véritable péril dont il faut se garder. Avec la sacralisation de la virginité, ils en viennent à se donner une importance excessive au plus petit symbole sexuel, ce qui alimente la frustration, et en gros, fait d'une souris une montagne. En effet, plus ils luttent contre, plus le jardin défendu devient tentant. Suggestion du film : à tant vouloir s'abstenir, la pression devient insoutenable et mène au viol. Oui et non. C'est une façon de se moquer de la part de Teeth, il ne faut pas non plus faire de lien automatique entre abstinents et cinglés, abstinents et violeurs potentiels, abstinents et sex addicts refoulés ou dormants comme Dawn pourrait bien se révéler être. C'est une façon de montrer les problèmes, pas de condamner.

- le passage chez le gynéco : charmante variation sur les clichés habituels. Le pire, c'est qu'il existe certainement des cas isolés de brutes pareilles.

- le frère : jeu sur une concentration de clichés, le parasite social et déviant sexuel consommé. notez, ne pas faire de lien automatique entre sa vie sexuelle décomplexée et libérée, et son parasitisme intensif. Encore une fois, le film dénonce une autre équivalence facile.

- le surborneur : le faux gentil garçon qui en fait a fait un vilain pari et abuse de la tendre naïve et innocente charmante jeune première. Oui et non - la jeune première s'amuse bien, mais ne va certainement pas le reconnaître vu sa condamnation antérieure du texte. Quant au garçon, c'est mal mais, c'est de son âge, ça ne veut pas dire non plus qu'il n'éprouvait rien pour Dawn, on peut tourner les choses et considérer que le pari lui donnait le courage nécessaire pour l'aborder... De plus... une identification du spectateur avec lui est également possible, ce n'est pas un grand méchant Valmont, et l'idée de montrer à Dawn combien elle se fait des illusions sur elle-même et le sexe a quelque chose de tout à fait jubilatoire. Sa condamnation morale du reste du monde peut parfois porter sur les nerfs... On pense vaguement "et toc" tout de même, au premier degré... au premier degré... !!! Il abuse d'elle, tout de même, on n'est bien d'accord, mais le film a plus d'un sens...

- le vieux pervers : alors oui, des vieux pervers, il y en a à la pelle, et en effet, c'est dégouttant, mais il n'y en a proportionnellement sans doute pas plus que des jeunes, il faut juste manquer de chance et tomber dessus...

- la loi du talion : le frère est méchant, la soeur le punit, le castre... le danger, c'est de tomber dans le "bien fait pour lui". Le film se veut léger et drôle, le rottweiler recrache l'extrémité du pénis à cause du piercing géant. Le frère est abandonné pleurant sur sa virilité perdue, sans défense et pathétique. D'une certaine façon, dans tout le film, Dawn applique la loi du talion, tu me violes ? Je te castre. Tu me trompes ? Je te castre. Vous me forcez ? Je vous sectionne les doigts. cf Hard candy. Les situations la mettent en position de légitime défense, et semblent lui donner raison, mais gardons-nous de considérer la castration comme le remède aux violences sexuelles faites aux femmes.
Ce que le film pointe peut-être bien plus derrière, c'est la crise de responsabilité, de contrôle de tous. Personne ne semble avoir de contrôle sur ses pulsions, certianement pas les hommes, et Dawn pas plus qu'eux - elle ne le fait exprès qu'avec son frère, quand elle a compris comment cela fonctionne. Les hommes sont en fait complètement démunis, aussi bien devant leurs pulsions, que devant les catastrophes que cela crée. La castration peut se voir comme une métaphore des conséquences de leurs actes. Un violeur irait en prison, un parieur se ferait humilier, la castration peut être d'ordre symbolique, sociale : cf Merteuil dans Les Liaisons dangeureuses, c'est un peu ce qui lui arrive à la fin, son humiliation lui coupe les griffes. Les femmes, ont en effet en elles-mêmes la possibilité de se défendre autrement que par la castration. Celle-ci, par son caractère irrémédiable, relève de la vengeance et non de la punition. Pour les femmes spectatrices, il faut se garder de la satisfaction du "il l'a bien cherché". La société ne fonctionne pas comme cela, la légitime défense ne légitime pas pour autant une sanction aussi irrémédiable. Certes, cela relève le débat sur la castration chimique, mais enfin, le film, d'abord, encourage à être responsable et assumer ses actes, c'est peut-être sa leçon d'ailleurs.

Quant au problème de l'abstinence, la chasteté, la "pureté" aux Etats-Unis, il ne fait que montrer à quel point le sexe est sujet à controverse dans ce pays. Il fait encore l'objet d'un jugement moral, gradué : l'idéal : abstinence complète avant le mariage. Parler de sexe crûment, c'est mal. Coucher avant le mariage, c'est mal. Se masturber, c'est mal. Coucher avec quelqu'un qu'on aime hors mariage, c'est mal; mais enfin, si on ne peut vraiment pas s'en empêcher, se retenir, c'est toujours plus acceptable que les "one night stands" - les plans culs ou les plans d'un soir : le mal absolu, l'enfer, la dépravation, la luxure. Il y a encore une sérieuse équivalence entre sexe et bestialité. Les gens qui pratiquent le sexe librement sont, aux yeux des abstinents, des bêtes. Le problème est réel et accru dans la mesure où la pudibonderie américaine est telle dans certains Etats que l'éducation sexuelle est nulle, et l'ignorance, c'est bien connu, est mère de tous les maux...Un indice : le terme de pureté. Dès qu'on parle de pureté appliquée aux humains, il y a un problème derrière (cf pureté de la race chez Hitler...). En face de ces rigoristes, les petits jeunes de 13 - 14 ans qui couchent à tout va, et les jeunes adultes et adultes qui font pareil, qui se font des tableaux de chasse, enfin, pour qui c'est un sport comme un autre. On peut se demander si l'un comme l'autre n'aurait pas tort. Il doit bien exister au milieu au-dessus, cf le juste milieu aristotélicien, un groupe de personnes, les gens normaux, qui ne se pose pas de question, ne moralise pas le sexe, ne le fait pas pour ou contre quelque chose (Dieu, la moral, le conformisme, la provocation, la prétendue libération), mais sans arrières-pensées.
Pour nous, Européens, c'est bien moins problématique, la religion n'est plus si prégnante, et de morale, nous ne nous posons pas tant de questions. Mais le problème est réel au Etats-Unis, une hypothèse, le sexe ne relève pas de la sphère privée mais du social, on en rend compte devant la communauté et devant Dieu. Et tous jugent... Cela raidit forcément les attitudes. En France, pour le moment, cela relève de la sphère privée, relevait, mais le mouvement de fonte du privé dans le public devient le même... Simplement, moins moralisateur, le sexe est "juste" un outil marketing... a priori, j'aurais tendance à dire que bientôt aussi, il tendra à définir quel genre de personne on est, respectable ou non selon les critères de la toute puissante opinion publique et du politiquement correct.

Que d'hypocrisie dans tout cela...