dimanche 30 mars 2008

red dream


She did not light the cigarette - she never did during class sessions - but she held it between her long white fingers, with their tomato-red nails. Suddenly, she noticed our silence and, like a child caught stealing a chocolate, she looked at her unlit cigarette and crushed it in the ashtray with a disarming smile.

How do you get away with those nails ? I asked her, to change the subject. I wear gloves, she said. even in summer I wear dark gloves. Polished nails, like make-up, were a punishable offence, resulting in flogging, fines and up to one year imprisonment. Of course they know the trick, she said, and if they really want to bug you, they'll tell you to take off the gloves. She babbled on, talking about gloves and fingernails, and the she came to a sudden halt. It makes me happy, she said in a thin voice that did not suggest any trace of happiness. It's so red it takes my mind of things.

"Off what things ?" Nassrin asked, gently for once.

"Oh, things. you know." And then, she burst into tears. we were startled into silence. Manna grudgingly, with an obvious attempt to resist Azin's tears, passed her the box of tissues. Mashid recoiled into her shell, and Nassrin leaned forward, her hands locked together in a ferocious grip. Yassi, who sat closest to Azin, leaned towards her, gently pressing her right shoulder.


Un passage d'un de mes livres fétiches, Reading Lolita in Tehran. Il vient de la section consacrée à Pride and Prejudice, le livre d'une société où les petits détails cachaient un abîme de sens. Parce que seuls les détails peuvent passer inaperçus dans une société très soucieuse de son décorum. Les détails, les plus petites choses, celles où l'on peut cacher le plus de sens, celles aussi où on peut parfois se laisser aller à exprimer une forme de liberté. D'une certaine façon, c'est bien ce dont il est question ici, d'une certaine forme de liberté dans un régime qui n'en autorise aucune a priori. Azin, si elle est surprise à vernir ces ongles de ce rouge scandaleux, risque les coups et la prison. Or les ongles, les ongles, c'est minuscule, qui, dans notre société, remarque les ongles ? certes, on les voit s'ils sont vraiment beau où vraiment laid, mais... on peut se promener avec du vernis écaillé, ça ne choque personne. là-bas, des ongles faits... c'est presque une révolution.

Et cette petite transgression est savoureuse, elle a le goût des plaisirs interdits - un enfant surpris à voler du chocolat. C'est une petit cadeau de soi à soi, prendre soin de soi est important, et, aussi, c'est montrer qu'une part du corps résiste, c'est un choix complètemnet conscient et aussi assumé que possible, certes, c'est interidit, mais voilà, mes ongles sont une partie de moi, et je choisis ce que j'en fais.

L'autre pendant de ces ongles vernis, c'est l'ouverture vers un autre monde. Regarder ses ongles détourne son attention du présent dans lequel elle se trouve, en les regardant, elle peut oublier dit-elle, éviter de penser. Comment cela fonctionne-t-il... ? elle a des ongles parfaits, soit longs, réguliers, et au vernis impeccable. Cette image, microscopique presque de la perfection suffit à ravir l'esprit. La perfection est si rare, si inaccessible, que sa contemplation ne manque jamais de la ravir dans une forme de fascination muette. C'est sa paix de l'esprit. Cette fascination muette devant ses ongles. Et les mains bougent, font des signes, dessinent des symboles, regarder ses ongles rouges évoluer de la sorte est hypnotique. C'est le divertissement dans toute sa splendeur.

Avis aux détracteurs de la "superficialité", elle n'est pas toujours vaine. Comme le masque, l'apparence, ce qu'on donne à voir doit toujours interpeller quant à ce qu'on donne à cacher, l'ailleurs, l'autre face. C'est toujours un ensemble de signes qu'il convient de déchiffrer, selon deux lectures possibles, l'une, superficielle... l'autre symbolique. Vers quoi cela fait-
il signe ?
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.

traduction :

Elle n’alluma pas la cigarette – elle ne le faisait jamais durant nos cours – mais elle la tient entre ses longs doigts blancs, aux ongles rouge vif. Soudain, elle remarqua notre silence, et comme une enfant pris en train de voler un chocolat, elle regarda sa cigarette éteinte et l’écrasa dans le cendrier avec un sourire désarmant.

Comment fais-tu avec des ongles pareils ? Je lui demandai, pour changer de sujet. Je porte des gants, dit-elle. Même en été, je porte des gants foncés. Des ongles manucurés, tout comme du maquillage, étaient une effraction digne susceptible d’être punie par des coups de fouets, une amende et jusqu’à un an de prison. Evidemment, ils connaissent le truc, et s’ils veulent vraiment vous coincer, ils vont vous demander d’ôter vos gants. Elle continua à bavarder, à parler de gants et d’ongles, puis elle s’interrompit brusquement. Cela me rend heureuse, dit-elle d’une voix faible qui ne suggérait aucune trace de bonheur. C’est tellement rouge que ça détourne mon attention de ces choses.

- « de quelles choses ? » demanda Nassrin, d’un ton pour une fois doux.

- « oh, de choses. Vous savez bien. » Et sur ces mots elle fondit en larmes. Nous nous

tûmes, interloquées. Manna, à contrecoeur, dans une tentative évidente pour résister aux larmes d’Azin, lui passa la boîte de mouchoirs. Mashid rentra dans sa coquille, et Nassrin se pencha en avant, ses mains soudées étroitement soudées l’une à l’autre. Yassi, qui était elle assise au plus près d’Azin, se pencha contre elle, lui pressant gentiment l’épaule droite.

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