samedi 19 mai 2007

Pratiques de société

Il est je ne sais quelle heure, mais je ne suis plus à cela près, je n'ai pas sommeil, et j'ai envie de parler de Lisa See. Elle a écrit un merveilleux livre il y a deux ans je crois, snowflower and the secret fan. C'est un roman biographique. Il parle d'un petite fille, née dans une famille très pauvre de la Chine impériale du XIX° siècle.

A l'époque, il y avait tout un rituel, on organisait un jumelage d'après l'astrologie. On associait deux petites filles, nées même année, même jour, même heure, en une amitié qui se devait d'être indéfectible. Et durer toute la vie. Snowflower est donc jumelée avec Lily, la dernière descendante d'une famille de haut lignage, mais déchue, ce qu'on n'apprend que tard dans le livre. Elles grandissent plus ou moins ensemble, se marient en même temps, l'une fait un très beau mariage, elle s'élève socialement, l'autre ne peut faire qu'un piteux mariage, et descend. Et cela la déprime, la dévore lentement. Et Snowflower perd toute connection avec elle, elle ne la comprend plus. Et quand elle voit qu'elle s'entoure d'autres amies. Elle se sent trahie, rompt tout lien...Puis Lily vient à mourir, assez jeune, des suites de sa mauvaise vie. Et là, elle comprend, elle ne l'avait pas trahie, mais, ne se sentant plus comprise, à cause de la différence de milieux, de l'intransigeance de son amie, elle ne pouvait plus lui parler de tout, et avait donc besoin d'autres gens autour d'elles pour cela. Ce n'était pas une trahison, elle l'aimait encore tout autant. Mais c'était une amitié dure et douloureuse pour elle. Et là Snowflower comprend la dureté qu'elle a manifestée à son égard. Voyant Lily se détourner d'elle, elle s'était sentie trahie, blessée. Elle ne voyait pas en quoi elle avait sa part de responsabilité là-dedans, à vouloir à tout prix que Lily fût comme elle, à ne pas comprendre qu'elle n'y arrive pas... C'est un très beau livre sur l'amitié, à l'époque où je l'avais lu, il m'avait fait comprendre et réfléchir sur beaucoup de choses, et de façon salutaire.

La raison pour laquelle je l'évoque, néanmoins, n'est pas tant celle-ci, que parce qu'il parle d'une pratique qu'on a oubliée depuis, le bandage des pieds des petites filles, des femmes chinoises...



Je vous donne quelques éléments, pour ceux qui voudraient s'épargner la lecture de l'article. On le fait à toutes les petites filles, sans cela, aucune chance de les marier. Parfois dès 3-4 ans. En général dès 7-8. Il 'agit de replier toute ce qui est les orteils sous le pied, pour les faire aller vers la plante des pieds, ne laissant que le gros orteil libre, et encore, et l'idéal, c'est d'arriver à faire se replier la plante des pieds en deux, comme une forme de u entre le talon et le bout du pied. Pour ce faire, on bande étroitement les pieds des petites filles, et on les fait marcher, cela casse les os, et permet de les faire repousser comme on veut. Au fur et à mesure on resserre les bandages, pour arriver au résultat escompter, environ 8 cm de pieds...



Beaucoup meurent entre temps, septicémie, douleur... On l'imagine très bien...
L'intérêt... esthétique... a priori. Et hautement symbolique en réalité. Une femme avec de tels pieds ne va pas bien loin sans chaise à porteur, elle reste chez elle. Femme dedans, homme dehors, déjà, ça doit évoquer quelque chose... Ensuite, c'est douloureux, c'est pénible, et peu de femmes ont des pieds "parfaits", plus ils le sont, plus elle pourra s'élever socialement, et sa famille avec elle. Cruel hein ... et surtout, c'est un gage de patience, de soumission, d'obéissance, de vertu. Elle a subit cela, et bien, elle sera une bonne épouse, et une bonne mère. Dans la réalité, les femmes étaient souvent très acariâtres, se vengeant de leur douleur en la rejetant sur les générations suivantes. Et de toute façon, savoir l'horreur que cela a été, et la perpétuer sur ses filles... sachant les risques de mort, leur invalidité après, et leur tristesse, leur douleur... sous peine de leur réserver un destin d'esclave, si ses pieds sont normaux... ça demande une certaine force on va dire...

Une marque de plus de la domination des hommes sur les femmes... que ce soit de façon physique : bandage des pieds, excision, etc, ou vestimentaire, par le voile détourné de son sens religieux... on sent l'angoisse originelle des hommes devant les femmes... pourquoi ? parce qu'on transmet le sang, leur sang. c'est l'excuse qu'on nous sert le plus souvent...

Soit, personnellement, je m'en ficherai de savoir où va mon sang, s'il se perd, s'il se perpétue, je pense que l'esprit, l'éducation est plus importante que l'hérédité. Que c'est ça qui fait un fils. Mais peut-être je n'y comprends rien, je rate des enjeux, je n'en sais rien. Mais je ne comprends pas qu'on se mette dans des états pareils pour cela... ça me semble dérisoire... mais bon, c'est bel et bien là, et depuis mémoire d'homme, il n'y a pas eu de société matriarcale. Je ne suis pas pour une société matriarcale, pour changer, ou parce que je pense que s'il n'y avait que des femmes au pouvoir on n'aurait pas de guerre, regardez Thatcher et les Malouines quoi..., ou parce que je suis convaincue qu'on ferait tellement mieux. Je ne vois pas ce qu'il y a à prouver, l'intérêt de compétir pour l'avantage... ça mène à quoi... une domination sur l'autre, d'une absurdité à l'autre... c'est ridicule de lutter avec les hommes, on n'est pas pareilles, on ne fait pas toujours les mêmes choses, on ne les fait en tout cas pas pareil, mais ce n'est ni mieux ni pire, je crois... On pourrait se mettre d'accord sur cela et passer à autre chose... Qu'importe qui a fait quoi, quand le résultat est le même... Arrêtons de chercher une différence entre les sexes, elle est là, on la connaît, on en a fait le tour... et arrêtons de chercher quel est le meilleur des deux... on s'en fiche, la vie, ce n'est pas une compétition, à la fin, tout le monde meurt de toute façon. Et le trophée de la victoire de la femme sur l'homme, on ne l'emporte pas outre-tombe que je sache... Je ne prétends pas faire mieux qu'un homme, je prétends faire aussi bien. Et ça me semble juste et suffisant.

Chinese Foot Binding

By: Candace Hutchins

Throughout history in all cultures a common ultimate goal is to achieve beauty. Just as all people look different, all people have a different outlook on the question, what is beautiful? For some time in the nineteenth century, in America a definition of beauty included corsets, making women's waists as small as possible. Over time beauty has resulted in a lot of pain and in this instance, resulted in broken ribs and damaged internal organs. Body piercing and tattoos fall under the same category although the consequences are not as severe. Great pain has been suffered for centuries for women to achieve perceived beauty. Probably the most detrimental act was one that approximately one billion women in China have preformed for nearly one thousand years. This act, foot binding, was an attempt to stop the growth of the feet. Foot binding is a bizarre and terrible custom, yet it is hard to understand exactly what foot binding was like with the modern outlook we have today. The reason for women binding their feet went deeper than fashion and reflected the role of women in Chinese society. It was necessary then in China for a woman to have bound feet in order to achieve a good life.

The exact way foot binding started is not fully known. Several legends have been passed down on how foot binding originally started. The most common legend is about the Chinese prince Li Yu in the Sung dynasty (AD 960-1280) (Nadine 2). The prince's concubine, Yao Niang walked so gracefully it appeared as if she was "skimming over the top of golden lilies" (Chinese Foot Binding 2) To follow that, the "lily footed" woman became a model for China. A variation of this legend was that Yao Niang was ordered to bind her feet in the shape of half moons (Nadine 2). She was to do this so that she could perform an early variation of ballet, also called toe dancing for the royal court. This legend is probably the least likely to be true, because women with bound feet could hardly walk, let alone dance. The most likely variation of this particular story is that Yau Niang danced on a platform shaped like a lotus, as well as toe-danced within a six-foot high golden lotus flower (Jackson 28). Many women began to perform this artistic dancing style, and the dance looked best with bound feet. There are so many variations that it is impossible to know which one is true. A whole other legend is about the last Empress of the Shang dynasty. This Empress had a clubbed foot and did not want to be known as having this condition. She asked her husband to make binding feet mandatory for all girls (Chinese Foot Binding 2). By doing so, her deformed foot could now be considered beautiful. The origin of foot binding may not be clear; however the powerful affects foot binding left are apparent.

Once foot binding began, it spread quickly from the north, where it begun, to all parts in China. In the beginning, the custom was practiced only by court dancers, followed by all the women in the court. In 1273, the Mongols took over the Sung dynasty and started the Yuan dynasty. The Mongols supported foot binding for all the women in China (Chinese Girl 2). They supported mainly because it made the women less likely to be able to succeed (Jackson 19). In the mid-1300s, the Ming dynasty took the place of the Yuan dynasty. Foot binding continued to spread from the royalty, to the wealthy (Levy 26). Eventually, all classes of people had their feet bound. Poor people did so in hopes of improving their social status (Cummings 2).

The process of foot binding started for the young girls anywhere from the age of four to six. It was done so early in her life so that the arch did not have much time to develop. The mother who was the one to bind the feet, and usually started the process late in the fall or winter, so the foot would be numb and the pain would not be as severe. The daughters' feet would first be soaked in warm water or animal blood and herbs (Jackson 39). The special potion that was used for this caused any dead flesh to fall off (Levy 12).She would have her toe nails cut as short as possible therefore not allowing them to grow into the foot. After she received a foot massage, the four smallest toes on each foot were broken (Chinese Foot Binding 2) This was not even the worst of the pain. The mother soaked silk or cotton bandages in the same liquid the girl's feet were soaked in. The bandages, which were ten feet long and two inches wide, were wrapped around the smallest toes and pulled tightly to the heel. Every two days, the binding was removed and rebound. This part of the process went on for two years. By this time her feet were three to four inches long. To assure the feet staying small, the ritual continued for at least ten more years (Hwang 1).

The process was very painful; every time the feet were rebound the bandages were pulled tighter. But besides just the pain of the process, there were many after affects that were detrimental to the young girls' health. The pain of the bound feet never stopped. The most common consequence was infection (Hwang 1). There were many ways a girl could get an infection. One was the ball of the foot would folding directly into the heel. A second was that the toenails continued to grow, eventually curling into the skin. This led to flesh rotting off, and sometimes even a toe. The worst part of the process was that the feet would practically die after three years. The feet being dead caused a terrible smell the girl carried with her everywhere (Chinese Footwear 1). Diseases followed infections, and death could even result from foot binding (Hwang 1).

Some girls made it through their youth without having any medical problems; yet the time when most women had health problems due to foot binding was in their later years. The women who had their feet bound were more likely to fall, less able to squat and less able to rise from a sitting position in their older years. The combination of the lower hip bone density, along with the fact women with bound feet were more likely to fall, put these women at an extremely high risk for hip fractures (Ling 1,2). Overall, foot binding had its beauty, yet the consequences were very severe.

Such a painful and crippling tradition could not be completely due the popularity and fashion it had at the time. There were many reasons mothers made the decision to bind their daughters' feet. Men in China in that era would not marry a woman who did not have bound feet. The man's mother was always responsible for making sure the woman he was to` marry had bound feet. If the mother of the man lifted up the woman's dress and discovered "clown feet," she would not allow her son to speak to that woman again. The mother of the man that she loved finding out she does not have bound feet was the most embarrassing thing that could happen to you (Jackson 62). Feet binding also divided men and women and upheld old Chinese beliefs. Foot binding kept women weak, out of power, and dominated by her husband. When women bound their feet, men could dominate more easily and not worry about women taking their power. The process took place so early, the young girl had no choice but to follow her family's order and have her feet bound. She was uneducated and considered foot binding necessary. Also, she was seen as an object to the men, to be observed and look pretty, therefore appealing to men mattered more to the girls than their health. The girl's life went on without having much control over it (Levy 42-46).

Foot binding sounds so terrible but it did not stay popular forever. In the mid-1600s the Manchus took over the Yuan dynasty to create the Qing Empire. The Manchus were strongly against foot binding. The Qing Empire began to charge people for having daughters with bound feet and prohibiting it in areas they could control. The practiced nevertheless continued. It had become so much part of the Chinese culture and family traditions, that the government could not stop it. The Chinese continued to see foot binding as a beautiful act although it was illegal (Jackson 48).

The nationalist revolution sparked the flame that was to destroy foot binding for good. The practice slowed down considerably from there. In 1911 after the revolution of Sun Yat-Sen, foot binding officially ended aside from a handful of women living in the countryside (Chinese Girl 2). Foot binding was more than a fashion statement, it was a way of life for about one billion women as well as the men around them. It took much more than laws and protests to bring foot binding to an end. Foot binding had higher consequences, greater appeal, and is more desirable than any other practice women implemented to be beautiful in history. It cannot be seen as a simple fashion statement. It was part of the society, the roots being buried under many parts of Chinese culture. It had roots in making a woman more desirable, marriageability, and higher social status. Foot binding not only crippled the women who went through the process but as well as crippled women in China for centuries. Being crippled by foot binding, they had such a little role in the government. It was a custom that started out to define beauty but ended up defining the way the society was.

Bibliography

"Chinese Foot Binding." Chinese Foot Binding. Internet. 27 November 2000.

<http://www.angelfire.com/ca/beekeeper/foot.html>

"Chinese Foot Binding- Lotus Shoes." Museum of the City of San Francisco. Internet. 06 November 2000.

<http://www.sfmuseum.org/chin/foot.html>

"Chinese Footwear." CNST 213 Chinese Bound Feet. Internet. 28 November 2000.

<http://edu/~orzada/lotus.html>

Cummings, Steven R. and Stone, Katie. "Consequences of Foot Binding Among Older Women in Beijing, China." American Journal of Public Health. EBSCO Host. October 1997. 06 November 2000.

Hwang, David Henry. "The Golden Child." About Feet Binding. Internet. 06 November 2000.

<http://users.rcn.com/frances.interport/feetbinding.html>

Jackson, Beverly. Splendid Slippers. Berkeley: Ten Speed Press, 1997.

Kam, Nadine. "Golden Lilies." Honolulu Star Bulletin. Internet. 06 November 2000.

<http://starbulletin.com/98/03/10/features/story1.html>

Levy, Howard S. The Lovers: The Complete History of the Curious Erotic Tradition of Foot Binding in China. New York: Prometheus Books, 1991.


vendredi 18 mai 2007

moralisante.

bon. sur la demande de quelques uns d'entre vous, je remets le post sur JC Oates.

j'ai parlé avec tout le monde et visiblement, il n'y avait que le dénommé Ju et moi à prendre tout cela au sérieux. donc, la prochaine fois, je vous laisse vous entr'étriper en paix.

MAIS JE DECLINE TOUTE RESPONSABILITE POUR LES COMMENTAIRES. SI VOUS ETES AMENES A VOUS RENCONTRER, DEBROUILLEZ VOUS POUR VOUS ENTENDRE AUTOUR DE MOI PARCE QUE JE NE COMPTE PAS PAYER LES POTS CASSES...



qu'y a-t-il dans la tête des filles...

... quand elles se font lourdement draguer dans la rue... ? Beaucoup d'exaspération, déjà. De la frustration aussi, suivant les cas. Un peu de colère, pour les sous-entendus derrière cette attitude, du genre, on est à disposition on n'attend que cela, et qu'eux en particulier, et surtout, on devrait être ravies. Et aussi, une peur primitive, tapie dans le fond, la peur du jusqu'où ça peut aller, qui apparaît surtout dans les espaces clos : train, métro, sous-sol de librairie... ou dans les rues désertes en fin de soirée. Peur de quoi ?

Mais de ça, raconté par une gamine de 12 ans environ, ce qui sert d'autant plus mon propos :


Wedged in a corner of the boathouse. Behind, partially beneath stacked upside-down canoes.
You'd crawled desperate to escape. On your stomach, on raw-scraped elbows. Dragging yourself like a wounded snake. As one of them kicked you. Cursed you kicking your back, your thighs, your legs as if he wanted to break all your bones in his fury.
You'd twisted out of his grip. So small-boned, so skinny. No breats, no hips. Not enough female flesh to grab on to.
Where's the little cunt, where the fuck is she hiding ? ...
Wedged in the farthest corner of the boathouse. In the darkness smelling of stagnant water, soft-rotted wood. A sharp stink of urine. You were in terror of choking, suffocating. You'd squeezed into a space so small, your body was bent double. Your knees were drawn up against your chest, your shoulders hunched. Above you and to the side, stacked in tiers, were upside-down canoes. If they'd fallen, you would have been crushed.
In terror of what they were doing to your mother. What you would have to endure, hearing.
You did not think rape. The word rape was not yet a word in your vocabulary.
You would think beat, hurt. Try to kill.
You hear your mother's cries, stifled screams. You heard her pleading with them. You heard them laugh at her.
Teeeeena ! Show your titties now Teeeena.
Spread your legs Teeeena. Your cunt.
You heard them kicking your mother. Soft-thudding blows into unresisting flesh. They would grab your mother's slender ankles, spread her legs violently as if hey wished to tear her legs from her body. They laughed at her cries of pain, her terror. They laughed at her feeble attempts to protect herself. They were reckless, euphoric. You would learn that they were high on a drug called crystal meth. In their excitement they forgot you. You were of no significance to them, who had an adult woman. They had torn your mother's clothes from her body as if the female's clothes infuriated them.
They spat in your mother's face as if her beauty infuriated them. They yanked at your mother's hair wishing to pull it out by the roots. One of them would gouge repeatedly at her right eye with his thumb, wishing to blind her. You could not know how there was a radiant madness in their faces, a glisten of their wolf-eyes, a sheen to their damp teeth. You could not know their eyes showed rims of white above the irises. How their bodies were coated in oily sweat. How they straddled your mother's limp body and jammed their penises into her bleeding mouth and into her bleeding vagina and into her bleeding rectum. You would hear the noises of this rape not fully aware that what you heard was rape. You were fainting with pain from your dislocated arm, you were trying to breathe through the cracks in the splintery filthy floorboards. A few inches beneath these floorboards the scummy water of the Lagoon lapped, rippled. You pressed the scraped and bleeding palms of your hands against your ears for twenty minutes and more begging God don't let them kill momma please God help us please.



Rape : A love story, J. C. Oates, "In hiding".
Excellent livre.

C'est ça notre inconscient, c'est ça nos cauchemars parfois, souvent même pour moi... C'est la raison pour laquelle, non, on ne va pas le prendre bien quand un mec qui passe dans la rue nous siffle comme un vulgaire sac de viande, nous susurre des trucs à l'oreille. C'est la raison pour laquelle, non, je ne vais pas aller prendre un café avec toi. Non je ne vais pas te donner mon numéro là comme-ça. Et non, je ne vais pas te faire confiance. Au nom de quoi te ferais-je confiance, alors que tu n'es qu'un mec qui passe dans la rue excité par ses hormones. Ce serait pas moi, ce serait la fille qui marche derrière moi. Me fais pas croire que tu t'intéresses à moi alors que tu t'intéresses qu'à mon cul...

Très honnètement, il y a des jours où ne pas faire de généralisations, où ne pas faire l'almagame entre ce genre de mecs et tous les hommes ne coule vraiment pas de source. Mais on le fait. On essaie. C'est juste lassant et décourageant parfois. Dans un monde où sortir en jupe relève d'une réelle mise en condition psychologique aux humiliations qu'on va subir au cours de la journée, - et qui plus est au regard désapprobateur de certaines femmes de quarante, cinquante ans et plus ! - je trouve que le qualificatif de "sexe faible" est mal choisi. Et il faut continuer à en porter, pour affirmer que non, ces mecs ne vont pas dicter nos choix vestimentaires en rendant vraie l'analogie fille en jupe égale garce. Je ne vais pas rester cloitrée chez moi ou me cacher dans un sac à cause de quelques animaux...

jeudi 17 mai 2007

Sartre et la liberté

Finalement, un petit post ne peut pas faire de mal.

La philo a eu l'air d'avoir du succès. Kant en plus... c'était plutôt inattendu. Tant mieux en fait.
Aujourd'hui, un peu de Sartre. Un philosophe bien controversé, mais c'est dans l'air en ce moment, il ne détonnera donc pas. Je me sens néanmoins un peu sur une pente savonneuse, sortie de mes domaines habituels.

Je ne suis pas une grande sartrienne, dans la mesure où le seul livre de lui qui m'ait plu fut les mots. La nausée m'a laissé remarquablement indifférente, ses écrits sur le théâtre me semblent datés. Quant à son oeuvre philosophique, l'existentialisme et tout cela, m'a toujours semblé avoir un peu de plomb dans l'aile. Je pourrais développer, mais bon, disons qu'il est lui-même revenu sur son travail après 1956 - la grande déception des communistes occidentaux - et oui, Staline est un dictateur sanguinaire, et il ne mettra pas en place le monde dont vous rêvez. Le problème de Sartre, le même qu'a croisé Camus d'ailleurs, sauf qu'il n'y ont pas répondu de la même façon, évidemment dirais-je... Beauvoir n'a pas écrit les mandarins (liste de toutes les oppositions fondamentales entre Sartre et Camus, du côté sartrien, on sait où vont ses fidélités) pour rien... Bref, Sartre s'est rendu compte qu'il ne pouvait prôner l'action, la liberté absolue juste comme cela, car c'était un peu donner caution à n'importe quelle action. Et c'est problématique. Toute action n'est pas bonne. Seulement ce n'était plus l'époque de la morale kantienne, déterminant comment un homme, digne de ce nom, doit agir. Il y a donc eu du bricolage philosophique des deux côtés. Camus s'en est un peu mieux sorti d'ailleurs, pour avoir été moins dogmatique, plus souple, plus auto-réflexif que Sartre. Sartre, après sa déception devant l'Urss en 56, n'est plus pareil, quelque chose s'est cassé en lui. J'imagine que cela fait toujours cela quand quelque chose ne quoi on croyait vraiment, un idéal qu'on place au-dessus de tout s'effondre. Il n'y a qu'à regarder la rage des anciens communistes reconvertis à droite, - François Furet par exemple, et son le passé d'une illusion - pour voir à quel points ils ont été blessés, à quel point la fêlure est profonde...

Mais Sartre a dit quelque chose de bien un jour, enfin pas qu'une chose, mais je retiens en particulier celle-ci : c'est que notre liberté ne se situe pas dans nos choix, mais dans notre capacité, notre volonté d'assumer ceux-ci.

Il y a tout un tas de présupposés derrière cela. Tout d'abord, le XX° siècle, c'est celui où on a découvert Freud, et le fait que l'homme n'est plus même maître en sa propre maison. Comprenez on a découvert l'inconscient, et donc le fait que dans notre esprit, de nombreuses choses nous échappent. Dont nos choix parfois. Il y a nos motifs conscients, on a tous des raisons exprimables d'aller dans un sens où dans un autre. Mais il y a aussi les motifs inconscients, qu'on ne peut découvrir qu'avec un travail sur nous-mêmes. En soi, on commence à se poser des questions sur notre capacité de faire un choix librement, si d'un côté on est poussés par des motifs dont nous n'avons pas conscience à prendre telle décisions. Peut-on encore se dire libre, faire des choix en pleine conscience... c'est problématique cela. Ensuite, il y a aussi la naissance de la sociologie, au XIX° siècle, regardez Zola par exemple. Là c'est l'idée que l'homme est influencé par le milieu dans lequel il vit, qu'il en subit une forme de déterminisme. Il faut aussi tenir compte de cela pour comprendre les choix.

Ce qui mène à l'idée selon laquelle qui connaît ses déterminations peut s'en affranchir, être libre. Sauf que cela, je pense, c'est une belle illusion...

Sartre a donc un problème. Il veut établir la liberté de l'homme, et il se rend bien compte que la liberté a un sacré plomb dans l'aile... Que fait-il alors ? Un déplacement... Du genre particulièrement astucieux je dois dire, il a toute mon admiration pour ce coup de maître.
Pour lui, on ne peut jamais faire ses choix en toute liberté, parce qu'on n'est jamais en-dehors de toute influence, et que souvent, on ne possède de loin pas assez d'éléments pour prendre des décisions. Mais comme dit Spinoza, il y a l'urgence de la vie, qui prend le pas sur les doutes et force à trancher. Et bien souvent on se trouve avec ses choix, à se demander si c'était la bonne décision, à les regretter, à revenir dessus. A faire tout un tas de choses stériles en fait. Comme on dit si joliment, ce qui est fait est fait. Après, il faut essayer de vivre avec. Et c'est ce qu'essaie de dire Sartre là. Notre liberté, elle se situe dans la décision de regarder ses choix, sans les assumer, de geindre en disant, c'était pas ma faute, j'avais pas le choix, si j'avais su... attitude stérile entre toutes. Sinon, on peut se dire aussi que bon, on en est là, comment aller de l'avant, transformer ce choix en quelque chose de constructif, en tirer quelque chose... c'est avoir l'intelligence de comprendre que toute façon, on ne peut revenir en arrière, voir être blasé au point de se dire que tous les choix se valent, ce qui change après, c'est l'exploitation, si je puis dire, qu'on en fait... On peut le laisser là, être vécu par sa vie, ou le convertir en essai. Cela me semble un bon compromis je crois, pour retrouver une marge de liberté dans sa vie.

Et aussi, ce qui est très beau là-dedans, c'est, je trouve, qu'on peut y voir par certains côtés une réminiscence de la conception grecque de la notion de responsabilité. Les Grecs considèrent qu'à partir du moment où on fait une action, quelques soient les conditions dans lesquelles elle s'accomplit, on est responsable de ses actes. Oedipe est coupable, malgré son ignorance au moment des faits. C'est lui qui a tué son père, qu'il l'ait voulu ou non ne change pas grand chose à l'affaire. A mon avis, cela relève plus de la question du pardon que celle de la responsabilité. Puis, notre société a évolué, vers le plus responsable de rien du tout. Ce n'est jamais moi, c'est toujours, au choix : mon inconscient, l'autre, mon background, le déterminisme social. Au final, on n'est plus responsable de rien. Et je trouve cela si facile que c'en est pathétique. C'est très infantile à mon sens. Mais bon, là je suis sur une pente vraiment savonneuse. J'ai tendance à me considérer responsable de mes actes, que j'ai voulu ou non les conséquences qui en découlent. Les excuses, les circonstances atténuantes, tout cela pour moi relève plus du pardon que d'autre chose. Mais ça n'engage que moi par contre. Je me permettrais de conclure en disant que c'est le signe du passage d'une société aristocratique - les Grecs - à une démocratie, étymologiquement, "le règne du peuple". Qui aurait cru que Sartre put avoir une seule opinion aristocratique ?

mercredi 16 mai 2007

L'écriture ou la vie".


Je voulais parler de Semprun, mais je n'y arrive pas encore, cela ne donnait qu'un beau fouillis cubiste.

Je vais peut-être me contenter de parler de mon titre favori chez lui : L'écriture ou la vie.
ça semble bizarre hein ? Et puis, c'est un peu gênant de tout de suite poser cette alternative, comme "la bourse ou la vie". ça met tout de suite les choses sur un plan dramatique où on n'a pas toujours envie d'aller, on n'a pas toujours envie que tout soit question de vie et de mort. Et il nous y force. Nous y tire. On se rebiffe un peu... non, pas un autre livre sur les camps, non, c'est trop terrible, non, laissez moi... et, comme avec un bon danseur, on plie en même temps, et avec plaisir, pour se laisser complètement dominer. Je l'ai lu d'une traite à l'époque, tant il a su me garder sous sa coupe. Et si j'ai un livre de chevet, c'est lui.

Le titre, donc, pose une équivalence dramatique entre écrire et vivre. Pourquoi ? Remarquez, la connaissance du livre facilite la réponse, je me rends compte que je pars du principe que tout le monde l'a lu en fait, tant il est une évidence dans mon monde intérieur.

Parenthèse narrative : l'écriture ou la vie, c'est le roman d'une écriture, Semprun raconte comment, entre son retour de Buchenwald et les années 80 il s'est affronté à l'écriture, a forcé pour essayer d'écrire, à tout prix. Le récit du livre est indissociable de la réponse à ma question en fait...

Quand il est rentré des camps, Semprun, comme beaucoup, voulait oublier, vivre, aller de l'avant, tourner la page. Et il le faisait, il y réussissait pas mal. Le jour en tout cas. La nuit, dans son sommeil, dans ses cauchemars, toutes ses expériences revenaient avec une acuité insoutenable. Qui le dévorait lentement de l'intérieur. On peut contrôler ses pensées la journée, mais jamais la nuit, jamais pendant son sommeil, demandez aux insomniaques si ce n'est pas cela, justement, qui les maintient éveillés. La nuit, l'esprit n'a plus de règles. Et semprun s'est rendu bien vite compte qu'il ne pouvait plus longtemps vivre ainsi, avec toutes ces expériences, tout cela, renfermé, refoulé dans un coin de son esprit. Mais il se disait, écrire ? Ecrire, mais c'est revivre... je ne supporterai jamais de revivre cela. Ca me tuerait. Il a lutté encore un moment, continué à essayer de vivre comme cela.

Puis il s'est résolu à écrire, pensant par là, faire un long suicide, mais au moins, dans les derniers instants, trouver la paix. Le livre, au départ, devait s'appeler l'écriture ou la mort. Non pas dans le sens d'une alternative, non, ça c'est trop facile, mais dans le sens d'une équivalence. Repensez à tous ces vieux Comtesse de Ségur, où il y a toujours "ou" dans les titres de chapitres, et bien là, c'est pareil. Ca en ouvre des portes , une fois cela compris. Il écrit donc, le livre naît, et peu à peu, il se libère, il avance, il s'allège, il est soulagé. Et il termine. Et il vit mieux. Et le livre devient l'écriture ou la vie, ce qu'il est aujourd'hui. Evidemment, vous vous doutiez qu'on ne meurt pas comme cela d'écrire un livre. Je pense que ce n'était pas gagné d'avance. Regardez Primo Levi. On ne saura jamais comment il est tombé dans cet escalier...

Ma théorie, c'est qu'il faut accepter de tout mettre dans la balance à un moment, pour avoir plus. Jouer le tout pour le tout. Semprun a vu, a pensé, que dans tous les cas, il allait mourir. Alors il a choisit la voie de la création, tant qu'à mourir, autant laisser une oeuvre, autant essayer de se soulager un peu avant. Il a accepté de tout perdre, pour, finalement, y gagner la vie à la fin. Ce n'était, comme dit, pas gagné d'avance. La cure aurait pu ne pas suffire, et elle ne suffit pas pour tout le monde. Mais le fait qu'il fasse ce choix, un jour, à mon sens, est ce qui l'a sauvé de ses cauchemars, de la mort spirituelle.

C'est la plus grande valeur qu'on puisse donner à l'écriture. Il y a toujours cette grande controverse, dont j'ai déjà parlé "can poetry redeem the world", est-ce que la littérature peut changer le monde ? Zweig est mort parce qu'il n'a pas supporté l'échec de la littérature, de la culture, à empécher la II Guerre mondiale et le nazisme. Auden pense que non, pour écrire et souffrir tout de même. Je ne pense pas non plus qu'elle change le monde. La seule chose qu'elle change, c'est notre regard sur celui-ci. La littérature nous apprend à changer de regard sur le monde, à ne pas nous payer d'évidences, à regarder de l'autre côté du rideau. c'est une chance formidable, qu'il ne faut pas négliger je crois.

Semprun, en un sens, cette après-midi là, en affirmant sa foi dans l'écriture, dans la culture, dans la vie et dans l'homme, m'a montré pourquoi ça valait la peine de se battre. Je me suis toujours dit, depuis l'avoir lu, s'il a pu survivre à tout cela, s'il a pu écrire cela, qu'en un sens, c'est presque un devoir que de ne pas baisser les bras, de faire de la littérature. Vrai ou non, on a parfois besoin de ce genre de répères, de motivations pour traverser certaines années. Semprun, c'est pour moi le devoir de littérature.




Hommage nostalgique à Elie Wiesel, à Robert Antelme, à Martin Gray, à Primo Levi, à Imre Kertész, à tous ces auteurs de mon panthéon personnel et dans lesquels j'allais me spécialiser.

lundi 14 mai 2007

Kant et la pensée du sublime


J’ai longtemps eu une angoisse profonde de la question « et chez Kant … ?», ayant un jour été traumatisée par celle-ci. Du coup, j’ai juré qu’on ne m’y reprendrait plus, j’en ai fait pas mal, et ça m’a même plu. C’est ce qui a permis que tout d’un coup, comme ça, ressurgissent tous ces souvenirs du concept de sublime chez Kant.

Du coup, une fois n’est pas coutume, ça doit être la lune, je ressors mes vieilles fiches (fifiches pour les intimes…), comme au bon vieux temps, pour faire une note de philo…

Chez Kant : « est sublime ce qui, du fait même qu’on le conçoit, est l’indice d’une faculté de l’âme qui surpasse toute mesure des sens. » (Critique de la faculté de juger). C’est en effet une qualité extrêmement élevée chez lui dans la hiérarchie des valeurs, dans la mesure où elle met en jeu l’idée de transcendance (ou d’infini).

Alors après, par opposition au beau, le sublime comporte l’idée d’un face à face, d’une lutte avec quelque chose qui nous dépasse infiniment, mais qui en même temps nous exalte et nous renvoie au sentiment de notre propre transcendance.

Le sublime a des dimensions morales, métaphysiques et religieuses, qu’on retrouve au moins à titre de composantes dans son sens esthétique. Il peut ainsi désigner des actions qui suscitent l’admiration, l’enthousiasme… De façon plus générale, le sublime est le sentiment en l’homme de ce qui le transcende, c’est par excellence le sentiment de la condition humaine : Pascal dit « c’est être grand et connaître qu’on est misérable ». (Pensée 397).

Il introduit par là la dimension métaphysique de la notion de sublime, qu’on retrouve particulièrement développée chez Kant : tandis que le beau est fini et apaisant, confortable, dirais-je, le sublime, dans le fait même qu’il mette en jeu l’idée d’infini, renvoie à une idée de tension, de trouble, suscité par exemple par des objets terribles, démesurés, chaotiques (volcan, océan déchaîné). En fait, nous éprouvons, dans le sentiment esthétique du sublime, la sourde conviction que l’homme est appelé à s’élever au-dessus de lui-même et peut toujours, quoiqu’il lui en coûte, surmonter sa petitesse, sa misère ou son insignifiance. J’ai envie de dire là : c’est beau le sublime, non ? Mais ce n’est pas ma partie préférée en fait…

Ce que j’aime particulièrement dans le sublime chez Kant (et évidemment je n’arrive plus à remettre la main sur ma fiche sur la question), c’est quand il analyse son fonctionnement, la façon dont il saisit l’homme, le prend à la gorge. Pour moi, le sublime, c’est et ça a toujours été quelque chose qui vous étreint la poitrine, vous coupe le souffle, comme une crise d’asthme qui vous prendrait par surprise. Et on est là, à hoqueter devant un spectacle incroyable. Le sublime, c’est tout d’abord un mouvement d’humiliation profonde que subit l’âme humaine devant ce qui la dépasse, elle voit une chose dont elle prend tout d’un coup conscience qu’elle est bien plus grande qu'elle, qu’elle est toute petite et insignifiante à côté. Et notre âme prend peur devant ce spectacle, parce que se sentir si petit, maigrichon, c’est être rappelé à sa propre condition d’humain, à sa propre mort qu’on oublie tout le temps. C’est pour cela que le sublime est physique ; le beau peut laisser physiquement indifférent, le sublime prend aux tripes parce qu’ils nous rappelle qu’on est destinés à l’anéantissement et que quand nous, on ne sera plus que poussière, oubliés, ça, ce qu’on a en face de nous, ça sera toujours là…

Après, il y a la relève, l’autre mouvement, qui est un mouvement de l’intellect, c’est déceler le dépassement, penser justement cette opposition, et ce simple fait, cette simple action, de l’esprit permet de dépasser l’anéantissement auquel l’homme est promis et voué. Il est le seul animal capable de penser le sublime, ça compte. Il est le seul animal capable de susciter le sublime, ça aussi ça compte. Et surtout, penser le sublime, c’est lui arracher un peu de cette intemporalité, un peu de cette éternité et la faire sienne. L’homme est périssable par son corps, sa condition, mais son esprit, comme on le disait encore beaucoup au temps de Kant - et il faut reconnaître que c’est vraiment très beau - son esprit est flamme divine…

Le sublime, c’est donc ce double mouvement, d’humiliation et de relève immédiate de l’homme, c’est la prise de conscience de sa condition et le dépassement de celle-ci…

A méditer la prochaine fois qu’on voit une grosse vague foncer vers la plage… ;-)

dimanche 13 mai 2007

Fuck Patois

Une note peu orthodoxe aujourd'hui. Il y a une bonne année, j'ai lu I am Charlotte Simmons, de Tom Wolfe. C'est un pavé, mais alors du genre excellent. Impayable du début à la fin. Un très bon moment. Il y suit trois personnages, dont le principal est Charlotte, en bonne logique, qui ont intégré l'une des plus perstigieuses universités américaines, ici Dupont. Charlotte est une fille de la campagne profonde, qui est très douée, a sauté une classe, réussit merveilleusement bien tout ce qu'elle entreprend, mais sur le point de vue scolaire. Elle vient d'une famille tout de même assez pieuse, elle n'est pas souvent allée en ville, n'est jamais sortie avec un garçon, a été élevée dans un milieu modeste, donc n'a pas eu l'occasion de faire un tas d'expérience que les autres jeunes de son âge ont déjà fait. Et elle intègre cette université. Alors évidemment, elle est ravie, pour elle, elle entre au temple du savoir. Enfin débarassée de ces boulets de sa classe qui ne comprennent rien à rien, de ces gens qui la regardent bizarrement parce qu'elle est intelligente.

Et là, elle arrive sur place, et ce n'est pas tout à fait ça. Sa copine de chambre est une fille très riche, très libérée, très superficielle et un peu cruche sur les bords, qui est là parce que Papa peut lui payer l'université, et qui regarde Charlotte comme si elle venait de Mars. Et elle se rend compte que beaucoup d'étudiants sont comme cela. Qu'elle appartient de nouveau à la minorité. Seulement là, elle en a assez, elle veut un nouveau départ, une nouvelle chance. Elle essaie de se faire des amis, fraye avec les gars d'une fraternité, la plus cool du campus en plus. Mais du coup... elle n'est pas prête pour cette vie-là non plus. Appartenir, oui, mais à quel prix ? Elle est un peu perdue, un peu entre deux chaises... Et c'est assez drôle de suivre ses expériences dans le livre, car le narrateur ne lui passe rien, certes, on compatit, on s'afflige, on s'identifie, mais aussi, il la prend avec ironie quand il faut, il ne l'excuse pas. Quand elle se lave dans les lavabos de la salle commune en bas parce que c'est le seul endroit où on peut fermer à clef, et qu'elle est horrifiée par les salles d'eau communes en haut, il ne se prive pas de se moquer un peu, gentiement, mais quand même, il montre qu'elle n'est jamais sortie de chez elle, pour faire court. Et c'est une écriture très intelligente du coup, parce qu'elle semble très juste, elle n'est pas aveugle sur son personnage.

Après, on a quelques personnages secondaires. Il y a le gars de la fraternité, je ne me souviens plus de son nom, qui est archi cool, à qui tout réussit, les filles, les potes, les études (sans en fiche une), mais bon, avec lui, on voit que tout n'est pas gratuit non plus, et qu'on finit toujours par récolter ce qu'on a semé. Il est une version extrême de Charlotte, il est aussi venu là grâce à une bourse, mais lui par contre a été près à toutes les compromissions, tous les sacrifices pour renier son passé et devenir l'une des stars les plus populaires du campus. Sauf que tout se paie.

Ensuite, on a le jour de basket blanc, Jojo, dans une équipe, comme souvent aux E-U, majoritairement noire, à part son pote et lui. Du coup, il doit sans cesse prouver que oui, il a sa place dans son équipe. Mais l'autre danger, en un sens pire, est de n'être toujours que le joueur de basket. La politique des facs en général est de donner des passe droits aux sportifs pour qu'ils soient les meilleures possibles, mais dans leur sport. Sauf qu'il y a toujours un moment où un prof râle et refuse de falsifier les notes. Et là, le joueur doit prouver qu'il a un cerveau. D'autant plus que dans son cas, ça le rend un peu dingue de n'être toujours pris que pour un tas de muscles tout juste bon à faire des paniers. Sauf qu'il n'a jamais étudié, donc il a un fossé à combler. Et à trop vouloir le faire... il s'attire les foudres de son entraineur...

Wolfe va ainsi croquer des tas de perosnnages typiques des facs américaines, mais en même temps, en les individualisant vraiment, en leur donnant une réelle personnalité, ce qui rend le roman d'autant plus riche. Et lui permet alors de créer une fresque satirique extraordinaire de cette micro-société. On passe vraiment un excellent moment, - un peu comme dans du Bret Easton Ellis, en moins sombre - parce qu'il y en a pour tous les goûts, personne n'est épargné. On s'identifie à plein de monde, et on se remet en question sous plein d'angles différents. C'est vraiment un excellent moment.

Pour vous donner une idée, je vous mets un petit extrait, bon extrême en un sens, tout le livre n'est pas comme cela, mais qui donne vraiment une bonne idée de la verve critique et satirique de Wolfe :

“hey Jojo, what’s going on ? Maybe i’m blind, but it looks loke that kid’s pounding the shit outta you.”

(…)

“If you really wanna now the truth, it’s worse than that. The fucking guy’s talking shit, Mike.”

“Like what ?”

“he’s like, “what the fuck are you, man, a fucking tree ? You can’t move for shit, yo.” Shit like that. And he’s a fucking freshman.

What the fuck are you, man, a fucking tree ? he said that ?” Mike began to chuckle. “You got admit, Jojo, that’s pretty funny.

“Yeah, it’s cracking me up, and he’s hacking and shoving and whacking me with his fucking elbows. A fucking freshman! He just got here !”

Without even realizing what it was, Jojo spoke in this year’s college Creole : Fuck Patois. In Fuck Patois, the word fuck was used as an interjection (“what the fuck” or plain “Fuck”, with or without exclamation point) expressing unhappy surprise; as a participial adjective (“fucking guy”, “fucking tree”, “fucking elbows”) expressing disagreement or discontent; as an adverb modifying or intensifying an adjective (“pretty fucking obvious”) or a verb (“I’m gonna fucking kick his ass”); as a noun (“that stupid fuck”, “don’t give a good fuck”); as a verb meaning Go away (“Fuck off”), beat – physically, financially, or politically (“really fucked him over” or beaten (“I’m fucked”), botch (“really fucked that up”), drunk (“you are so fucked up”); as an imperative expressing contempt (“fuck you”, “fuck that”). Rarely – the usage has become somewhat archaic – but every now and then it referred to sexual intercourse (“He fucked her in the carpet in front of the TV).

Personnellemnt, je trouve ça quand même très fort d'arriver à faire une étude linguistique tout ce qu'il y a de plus sérieux, avec le plus grand calme du monde, sur les emplois de "fuck". Le livre entier est à l'image de ce décalage, de cette douce et discrète ironie, qui en fait, par certains cotés, même si c'est un peu tiré par les cheveux, me rappelle Stendhal vis-à-vis de Fabrice (dans un moment d'égarement profond j'ai mis Frédéric ce matin, le héros de L'éducation sentimentale, mais c'est bel et bien de Fabrice dont je parlais, mea culpa, et merci M.) dans la Chartreuse de Parme.


samedi 12 mai 2007

Le parfum

J'ai entendu ce matin, sur oui-fm, une critique pour le moins agaçante sur l'adaptation du parfum de Süskind. Bon, ils adorent le film, en chantent les louanges, pas forcément sur le pied de ce que je retiens personnellement du film, mais passons. Là où ça devient drôle, c'est quand ils commencent à résumer le film... Pour eux, c'est l'histoire d'un jeune homme doté d'un odorat surdéveloppé qui cherche l'odeur de la femme parfaite... Étrangement, il m'avait semblé qu'il cherchait à retrouver l'odeur d'une femme qui l'avait marqué dans une espèce de scène primitive. Il n'a jamais beaucoup été en contact avec des femmes dans sa jeunesse, et une fois, il accompagne son patron en livraison, une des rares fois où il voit l'extérieur, enfin la ville. Et là, il y a toutes ces odeurs, ces femmes qui sentent merveilleusement. Dont cette jeune fille rousse qui marche avec son panier de prunes, qui est toute jolie, toute douce, toute pure. Et ça le fascine, elle est aux antipodes de son monde. Il la suit, la rejoint, commence à la sentir et elle s'effraie. Des gens viennent, il la bâillonne, et involontairement, l'étouffe. Un peu décontenancé, il regarde s'effondrer ce corps. Sa passion des odeurs l'emporte et il s'imprègne alors de sa peau, de son parfum. Puis son patron le récupère et l'arrache à ce paradis. Pour moi c'est ça qu'il cherche à retrouver, la beauté et la pureté de cette première jeune fille. Et en effet, il est ensuite fasciné par une très jolie rousse, qui serait une version plus raffinée de la première jeune fille...



Et ils ne se sont pas arrêtés en si bon chemin sur oui-fm, ils ont ajouté ensuite qu'à voir cet Allemand racler la peau des gens pour obtenir de dominer le monde, on peut voir une métaphore d'Hitler et de sa soif de pouvoir. Et là je me dis : "quoi ??? "

Déjà, ne laissera-t-on jamais les Allemands en paix avec cela ?
Et ça me semble totalement aberrant. Ce n'est pas le pouvoir absolu que cherche le personnage, il cherche à être aimé, à être vu. Sa crise, son paradoxe, sa tragédie personnelle, est de sentir, d'expérimenter toutes les odeurs, sauf la sienne propre. Pour lui il n'en a pas. Et vu que pour lui, le monde existe à travers ses odeurs, ce qui ne se sent pas, n'existe pas. Dans sa logique, il n'existe pas aux yeux des autres. Et ça, il ne le veut pas. C'est horrible, ça serait comme être transparent. C'est cela qu'il veut réparer en s'inspirant d'une vieille légende un peu aberrante qui lui permettrait de créer le parfum absolu qui permettrait de voir s'ouvrir les cieux devant lui. Bref, soit, si on veut. Cela n'engage que moi, mais à mon sens, il n'y a aucun désir de gouverner le monde, dans le sens où il s'assiérait sur un trône et regarderait ses sujets lui obéir ou défiler devant lui. Il y a désir de pouvoir, évidemment, dans la mesure où il veut contrôler ce que ressentent les gens en sa présence. Il veut les contrôler, on est bien d'accord, mais il ne veut pas contrôler la marche du monde, il s'en fiche complètement, ça ne lui est pas même venu à l'esprit. Ce qu'il l'intéresse, c'est d'exister aux yeux des autres et d'être aimé. Et d'ailleurs, si on regarde la fin, sa déception devant le spectable de tous ces gens qui précisément, aiment, et auxquels il n'appartient pas, on voit bien que ce n'est pas la pulsion de domination qui le travaille. Il veut juste faire partie, appartenir. Et en faisant dévorer à la fin, c'est ce rapprochement qu'il accomplit...

Voilà déjà pour la libido dominandi. Alors après Hitler. Non mais alors là, alors là, ce que je ressents va au-delà de l'exaspération. Non mais c'est si facile de toujours tout ramener la Seconde Guerre mondiale dès qu'on parle un peu de l'Allemagne, alors ça, ça entretient la bonne amitié entre les peuples ! Il est où déjà le rapport à l'Allemagne ici ? Dans le fait que l'auteur est Allemand, mais il me semble que Jean-Baptiste Grenouille est Français lui non ? Et que cela se passe à Paris, et à Grasse... Il est où là ce fichu rapport à l'Allemagne ?Eet alors, encore mieux, Hitler a voulu dominer le monde en gratouillant des corps... ? J'adore. Niveau raccourci débile de l'histoire on ne peut pas mieux faire. Non mais c'est une aberration de dire cela ! C'est scandaleux ! Et il y a des gens qui le croient en plus j'en suis sûre... ! Y'a des gamins qui écoutent cette radio, plus qu'une autre catégorie d'ailleurs sans aucun doute. Mais bon. Non mais c'est ridicule ! On transforme le 3° Reich, déjà pas glorieux, en tentative absolument malsaine de faire je ne sais pas trop quoi pour dominer le monde par le sang, par les cadavres ? Non mais c'est quoi ça ? Il faut remettre les choses à leur place. On a d'une part l'entreprise de guerre, a priori, c'est encore de la façon traditionnelle qu'il a essayé d'établir la domination allemande sur l'Europe. Bon, et ensuite, il y a la volonté de créer un peuple nouveau, expurgé de ses éléments indésirables... Ce n'est pas la même dynamique, enfin, ce qui a été fait dans les camps n'est pas tourné vers la conquête mais vers l'intérieur, vers le fonctionnement du pays, vers une certaine idée de la nation. Et alors, à quoi racler des corps peut bien faire référence, là... Mystère... Il faut de nouveau extrapoler pour comprendre... Est-ce une référence à la récupération des dents en or sur les cadavres ? Des cheveux ? Est-ce le fait qu'on découpait les fragments de peaux tatouées pour en faire des abat-jours ? En un sens, il n'y a que l'embarras du choix, mais tout de même, il s'est passé bien des choses dans les camps mais je n'ai pas encore entendu qu'on raclât les corps pour je ne sais quelle obscure raison... et l'entreprise nazie est déjà assez hors norme elle-même pour qu'on ne fasse pas dans la surenchère...

Le problème fondamental ici, c'est que SOIXANTE - DEUX BON SANG D'ANNÉES APRÈS, on ramène encore toujours tout à cela. Est-ce qu'un jour un auteur allemand pourra écrire sans qu'on plaque une grille de lecture "Seconde Guerre mondiale" sur son oeuvre, pour voir où il se situe, qu'est-ce qu'il en dit, s'il n'y a pas une foutue métaphore de je ne sais quoi à y voir, elles ont bon dos les figures de style quand même... Non mais, il ne s'agit pas de dire que ça n'a pas eu lieu, que les générations qui écrivent ensuite sont en-dehors de toute influence, comme si ça ne les concernait pas, au contraire, bien au contraire, c'est au centre d'énormément d'oeuvres, la culpabilité, le qu'on fait mes parents ? Le qu'est-ce que j'aurais fait si... ? Le comment expier ? Le comment écrire autrement...? Mais, enfin, ils le font déjà assez tout seuls, et c'est leur légitimité, assumer d'être allemand après la Deuxième Guerre mondiale est leur quête personnelle, on n'a pas à intervenir et à juger, encore moins si c'est pour porter ce genre de jugement qui est comme est une négation de toutes les évolutions, de tous les progrès qu'on essaie de faire . Des gens essaient d'avancer, et hop, voilà, on les ramène à la case départ, vous croyiez échapper à Hitler, et bien non, allez, on vous en remet une couche... Ca rime à quoi ? Où est l'intérêt ? Depuis quand expie - t - on pour les générations antérieures ? Et je ne vois pas qu'en France on se pose tant que cela la question de Vichy, on ne sort pas la métaphore de Vichy à toutes les sauces, pourtant il y aurait de quoi aussi... Le deux poids deux mesures est un peu facile.

Alors on peut dire, oui, mais c'est oui-fm, il ne fallait pas t'attendre à grand chose de leur part... Je ne m'attendais pas à une critique profondément éclairée ou quoi que ce soit, je n'écoute pas cette station pour ses présentateurs, mais ils se pensent éclairés, se prennent pour des autorités en cinéma, si cela les amuse soit, mais là, ça va bien au-delà. Je n'attendais pas qu'ils disent quelque chose de particulier ou de profond, mais j'attendais qu'ils ne disent pas des énormités pareilles...