mercredi 26 septembre 2007

territoires légitimes ?


Il y a eu une controverse, à la fin de l'été, autour de Tom est mort, le dernier roman de Marie Darrieussecq, opposant l'auteur et son éditeur, Paul Otchakovsky-Laurens, à Camille Laurens. Cette dernière a publié il y a quelques années un récit autobiographique, Philippe, sur la perte de son enfant mort à la naissance si je ne me trompe pas. Marie Darieussecq écrit, elle aussi, sur la mort d'un enfant, Tom, mais sous la forme du roman. Laurens, en découvrant le roman, s'est sentie profondément plagiée et a réagi.

Ce qui la choque, c'est tout d'abord que Darrieussecq parle du "thème" de l'enfant mort. Pour elle qui en a perdu un, ce n'est pas un thème mais une réalité profondément ancrée dans sa chair. On peut comprendre que cela la dérange. Ce qui la dérange davantage, c'est que ce thème soit développé en récit fictif, alors qu'elle en a fait un récit autobiographique. On serait tenté de lui répondre, comme l'éditeur de Tom est mort, qu'elle n'a pas l'exclusivité de la douleur, que ce n'est pas son territoire et qu'un romancier est libre de choisir son sujet. Il pense que Camille Laurens confond l'individuel et l'universel et veut faire de son individuel - universel une propriété privée. J'ai lu tout d'abord cet article, la tribune de Otchakovsky-Laurens dans le Monde des livres du 31 août. J'ai pensé en effet que Laurens réagissait peut-être parce que le sujet était très sensible, qu'elle c'était emportée en parlant de plagiat, et que ce qui la gênait, c'était de voir quelque chose d'aussi intime pour elle, rabaissé au rang de sujet littéraire en un sens. Je n'avais donc pas d'opinion pour donner tort ou raison à l'un ou à l'autre.
la semaine suivante Camille Laurens a répondu à son ancien éditeur par le même biais, et a indiqué où trouver le texte intégral qu'elle avait écrit pour dénoncer le livre de Darrieussecq, qui avait tant indigné leur éditeur :

http://www.leoscheer.com/spip.php?article675&var_recherche=camille%20laurens

Je suis allée lire le texte, ça a un peu fait changer mon point de vue. Je ne trouve pas particulièrement convaincantes les accusations de Laurens basée sur le style, la grammaire, le souffle de son texte, elle fait tout un développement sur le fait que l'écrivain a un univers mental propre, que Darrieussecq serait rentrée dans le sien pour le piller, et que si les critiques et lecteurs ne le sentent pas, un écrivain, lui ne s'y trompe pas. Honnêtement, je n'arrive pas à trancher dans un sens où dans un autre, mais il est clair que ça, ajouté à d'autres petites choses fini par faire s'interroger. Elle accuse Darrieussecq de suivre ce qui lui semble être un cahier des charges des scènes à écrire quand on parle de ce thème, de manquer le point essentiel de la culpabilité, de faire de l'émotion facile tout en survolant le plus important, de faire pleurer dans les chaumières en fait. Pour le cahier des charges, il est vrai qu'il est assez confondant que Darrieussecq effectue un trajet qui rappelle une sorte de pèlerinage à travers des passages obligés du deuil maternel. Ajoutez à cela que Marie Darrieussecq, depuis des années, insiste sur l'importance qu'a eu Philippe pour elle, mais qu'elle n'en fasse pas mention à la fin de son livre, on se dit qu'elle a dû profondément intégrer toutes les structures mentales d'une mère en deuil, là encore, est-ce forcément volontaire. Puis il y a encore le fait qu'il y a déjà eu ces accusations contre elle de la part de Marie NDiaye il y a des années, plagiat, singerie... ça en vient à faire beaucoup.

la vraie question, au fond, il me semble, le vrai problème, c'est celui de la source, de la légitimité à écrire, que pointe Laurens. Pas dans la mesure où ne pas avoir souffert ne donne pas le droit d'écrire, d'aborder un sujet. Laurens aborde ce point de façon intéressante plus loin, mais ce n'est pas cela qui est au coeur ici. plutôt, si Darrieussecq n'a pas perdu d'enfant, si elle parle de tout cela, si elle a tant de ressemblance avec Laurens, comme l'expliquer alors... On ne peut pas dire, elles ont vécu la même chose, elles sont tombées sur la même chose, communauté d'expérience... De quoi se sert-elle alors ? Quel hasard de tomber toujours sur les mêmes choses, les mêmes scènes, sans l'avoir vécu ? est-elle douée d'une formidable intuition, qui lui donnerait le ton juste, ce que lui dénie Laurens, mais expliquerait alors qu'elle ait sentie le parcours d'une mère en deuil, que celui-ci l'ait amené au même point que Laurens, mais a-t-elle encore droit à l'intuition quand elle a tant lu Laurens ? C'est profondément problématique...

Les détails ne plaident pas franchement en faveur de Marie Darrieussecq dans cette controverse, en plus, la mort d'un enfant est d'autant plus dure à aborder que cela relève presque du tabou, vu la douleur que cela peut réveiller, mais l'accusation de plagiat est grave, on ne peut la faire porter comme cela sur quelqu'un... A tout le moins, ma position personnelle est que Marie Darrieussecq a été d'une grande indélicatesse, sans doute due à la distance qu'elle peut se permettre d'avoir avec le sujet. Maintenant, elle a le droit de vouloir en parler, d'explorer cette face de la souffrance humaine, même si elle ne l'a pas vécu. Le problème n'est peut-être pas tant dans le fait d'avoir vécu quelque chose ou non, pour avoir le droit d'en parler, que dans la façon de le faire, dans le respect dû à ceux qui l'ont vécu. Que Darrieussecq l'ait fait exprès ou non, elle a blessé Laurens, et celle-ci a répondu, s'est défendue. C'est à la fois très personnel -la douleur d'une femme, et plus large, qu'a-t-on le droit d'écrire, est-on réduit au silence... Le problème est que dès qu'on explore une douleur qui n'est pas la sienne, on tombe deux fois plus vite dans le voyeurisme, la pornographie, la saleté, mais, autant pour celui qui l'écrit sans l'avoir vécu, que pour celui qui le lit sans l'avoir vécu, pour le vivre... Le seul qui en ressort intact, c'est celui qui l'a vécu, s'il ne tombe pas dans la complaisance devant l'horreur. C'est donc plus une différence de degré qui se dessine ici, que de qualité, où le but du jeu est de rester le plus respectueux possible de la douleur, à qui qu'elle appartienne, et de ne pas en faire un spectacle, un fond de commerce, un divertissement. cf l'exhibition de l'intime et du personnel dans la sphère publique aujourd'hui...

vendredi 21 septembre 2007

Atonement


Mon approche d' Atonement, d'Ian Mc Ewan est assez comique. Je l'avais retenu à Gibert parce qu'il m'intriguait, on parle de secret, de crime commis par une adolescente sur la 4° de couverture... c'était alléchant. Je l'emmène donc avec moi dans le train pour un voyage de plusieurs heures, il est couché bien sagement dans mon sac à main... En main j'ai le monde du 31 août ou du 1° septembre, l'un des deux, je ne sais plus. Comme toujours, je le commence par la fin, les chroniques, un article sur un festival de cinéma, oui, bon, le film qui fait l'ouverture est décevant, bof, un crime, une adolescente, blablabla. je finis l'article, il lit adapté du livre de Mc Ewan... je me dis oupsss, je brandis mon sac à main, et oui, pas de doute, c'est le même. Le suspens de ce livre à peine entamé vient de voler en éclats... Je l'avais acheté pour cela en plus... Pour UNE fois que je ne voulais pas savoir avant de quoi il s'agissait, me voilà servie par ma négligence.

Mais je me dis, il me reste toujours à voir comment c'est amené, comment c'est raconté, jusqu'à présent, ce n'est pas mal, c'est de bonne tenue, la première partie du livre joue allègrement à croiser les points de vue, bribes de la même journée vues par des personnages différents, et c'est bien fait, c'est prenant, ça fait monter la tension, vers le crime que cette fois j'attends, mais n'en attends pas moins pour savoir quel il est. Et la, surprise, je savais quel il était, mais pas quels personnages il impliquait, il reste de la place pour de la surprise et elle marche à plein. et une fois ceci passé, reste l'atonement en lui-même, l'après crime, car après tout, ce n'est que le début du livre. et la quête du pardon, de l'acceptation elle, est fascinante. On passe d'un bon livre à une très bon livre, à de la belle littérature qui tente à la fin de brouiller les lignes entre réalité et fiction autobiographique. c'est tout juste passionnant, et si beau, si bien écrit, l'auteur nous promène d'une phrase à l'autre avec légèreté, sa langue est réellement belle et alléchante, elle nous tient bien.

ce livre, c'est la preuve irréfutable qu'on a beau savoir ce qui va se passer, le pouvoir de fascination de la littérature ne s'en exerce pas mois sur son lecteur. l'art n'est pas tant dans les circonstances que leur récit, que la façon de les amener, de les peindre, de les laisser deviner derrière un voile. ce livre est une pure perle. et dire qu'en posant le Monde j'ai failli y renoncer et passer à côté... c'est plutôt du journal que je me méfierai dorénavant...

mercredi 12 septembre 2007

North


North, de Brian Martin, est un livre trompeur. la quatrième de couverture dit qu'il se passe à oxford, l'histoire d'un jeune homme au charisme rare qui séduit sa jeune prof d'histoire, puis le chef du département de physique, pour s'achever dans la débauche. Programme réjouissant se dit-on. Et le lisant, on se rend compte qu'il en est tout autrement, bien mieux encore, que ce qu'on imaginait... North, pour commencer, n'est pas un titre étrange, destiné à me faire frissonner alors qu'on est en été, il n'y a pas de lien à chercher avec le nord, c'est tout simplement le prénom de ce jeune homme étrange. North, n'est pas un étudiant à Oxford, l'université, mais un lycéen en dernier année dans un des lycées de la ville d'Oxford. Quant à la débauche, elle est toute relative, pas de partie à trois ou rien du tout du genre comme la couverture, qui se veut vendeuse, essaie de le laisser croire. c'est plutôt la transgression des barrières morales habituelles.

Le livre en lui-même est fascinant, il tient en haleine du début à la fin. le narrateur est un prof de littérature d'une cinquantaine d'années qui regarde l'histoire sous ses yeux en n'y participant que marginalement, de très loin. Il faudrait parler de North là, mais c'est difficile, Martin a réussi à la rendre si éthéré, surréel en un sens. c'est un jeune homme au charisme fou, sûr de lui, particulièrement mûr, il a percé le fonctionnement des relations humaines, des lois de la séduction, c'est le Méphisto de Faust. il semble pouvoir lire dans l'esprit des gens pour les amener exactement là où il veut les faire aller. le narrateur, lui aussi, naturellement est sous son charme, il dit que North est quelqu'un dont, lorsqu'on le voit, o recherche immédiatement la compagnie, dont on a envie d'être proche, que lorsqu'il nous parle, on se sent privilégié, seul avec lui, objet de toute son attention. à côté, il dit aussi que les protestations d'amitié et d'affection de North, si elles lui semblent pourtant sincères, ne le convainquent jamais entièrement, il y a toujours une partie de lui qui se demande si ce n'est pas une autre façon de le manipuler, de le faire participer à un plus grand plan dont il ne verrait pas encore les tenants et les aboutissants. Peu à peu dans le livre, au détour de petites phrases s'instille le doute, North parfois semble plus qu'humain, le narrateur parle d'une froideur effrayante, abyssale de certains de ses regards, peu à peu, devant la façon dont il semble manipuler les gens, il y voit dans ses cauchemars la marque d'une créature peut-être plus qu'humaine, d'une intention maligne. Il ne sait pas, et au réveil, tout lui semble stupide. Mais il y a toujours le bien-être qu'on éprouve aux côtés de North, que tous les personnages éprouvent, qui semble être ce qui les pousse en avant, comme si North les révélait à eux-mêmes, leurs désirs cachés, et en face, il y a le chaos qui peu à peu s'installe, en suivant leurs désirs, en ne reculant plus, les personnages brisent des liens, font, presqu'iconsciemment, des choix sans retour. Le narrateur voit venir les désastres et demande à North d'intervenir, la fascination qu'il inspire est si grande qu'il a l'impression que tout est dans la main de North, et on y croit, et en même temps on en doute. Il y a ce qui est logique, les personnages sont responsables de leurs choix, et ce qui paraît, North contrôle tout, North peut empêcher ou provoquer les crises. Le récit nous plonge ainsi entre deux eaux, nous fait miroiter une élucidations finales, à coût de petites phrases proleptiques "je ne le savais pas alors", ou "je pensais encore à ce moment", ou, mieux, "si j'avais su...". et lorsque le livre se clôt, brusquement, on n'est pas plus avancé, on n'en sait rien. Peu à peu, on en vient à se dire que le livre se clôt après le drame, puis qu'il y a les réflexions que le narrateur se fait sur tout cela, qui, longuement mûrissent, et mènent à ce livre. à la fin du livre, possédant les mêmes clefs, la même vision des événements que le narrateur, on coïncide en un sens avec celui-ci, et si on relisait alors North, on pourrait faire notre toutes ses paroles, se fondre dans une identification totale.

c'est un livre complexe sous plus d'un abord, un livre indécidable, précisément ce qui fait son charme. ça et North... son pouvoir de fascination n'est pas restreint aux personnages de ce livre, il le dépasse, le transcende, on veut aussi le rencontrer, aussi se sentir choisi par lui, mais étrangement, malgré ses qualités de séductions évidentes, on n'a jamais, jamais envie d'être comme lui, d'être lui. très fort je trouve...

vendredi 10 août 2007

in my skin


Il y a quelques temps, j'ai cédé à mon démon familier et fait une razzia de livres anglophones dans ma librairie préférée - Gibert, allez, un peu de pub... je les aime quand même... parmi les livres que j'en ramenais, se trouve In my skin de Kate Holden.

c'est un livre assez particulier, assez marginal dirais-je, non pas tant par sa forme, que par son fond. il se veut profondément autobiographiques, l'auteur (vous me pardonnerez si je laisse le -e- - totalement ridicule à mon sens - du féminin en arrière) écrit à partir de carnets qu'elle a tenu pendant des années, à un rythme presque quotidien, autant que faire se peut vu la vie qu'elle a mené pendant environ huit ans.

Elle nous raconte comment enfant, elle voulait toujours appartenir, mais se sentait toujours déplacée, à la marge du groupe, vaguement exclue, comment, en grandissant, elle voulait s'intégrer, les autres fument des joints, ils trouvent que ce n'est pas pour moi, mais moi je veux être avec eux, je vais leur prouver que je peux le faire moi aussi. elle suit ses amis, elle suit son copain, et bientôt elle se retrouve à s'injecter de l'héroïne. d'abord de façon casuelle, de temps en temps, puis à un rythme régulier. son copain la quitte, ses parents le découvrent, elle veut s'arrêter, fait une semaine de cure de désintox, se dit que ça va aller, mais replonge. elle reste chez ses parents, se dit que ça va aller, mais continue, continue, et continue, jusqu'à ce que ses parents ne le supportent plus et lui demandent, si elle n'arrive pas à se contrôler, de quitter leur demeure.

Elle assume, elle le fait, à ce moment, elle a besoin de toujours plus de drogue, toujours plus d'argent, son petit job à la librairie ne lui suffit plus, ses études, son master, elle n'en a rien fait, elle ne peut pas, la drogue lui prend tout son temps, toute son énergie. elle perd son travail, il lui faut bien de l'argent cependant. alors elle descend dans la rue, se dit qu'elle peut le faire, que ce n'est pas si terrible. les clients se succèdent, elle gère, elle fait ce qu'on lui demande, et elle n'est pas chère, elle a trop besoin d'argent. puis elle a l'occasion d'entrer dans un bordel, c'est plus sûr... en attendant, elle gagne alors assez pour ses deux doses par jour, un micro loyer, et les doses de son nouveau copain qui vit à ses crochets. elle fait ainsi trois bordels, du plus minable, pour finir par le plus prestigieux. avant de finir, elle même, par vouloir sortir la tête de l'eau, à force de ne plus supporter son copain à entretenir, la routine de la drogue. elle devient clean, elle bosse pour mettre de l'argent, et finis par s'offrir un voyage qui lui donne la distance nécessaire pour rompre définitivement avec ses vieux démons.

ce livre est passionnant à plus d'un titre, plongée dans l'univers de la drogue, puis dans celui de la prostitution... soit... c'est une fenêtre facilement ouverte sur ce monde, il faut bien l'avouer, fascinant par ses dangers, son caractère extrême.

ce qui m'a profondément intéressée ici, c'est la lucidité constante, sidérante, avec laquelle elle décrit son expérience, sans complaisance, sans culpabilité non plus, pour ainsi dire, elle dit les choses telles qu'elles sont, je me droguais, j'en avais besoin, je n'aimais pas tant ça non plus, mais c'était ainsi. elle explore les racines psychologiques de son addiction, ce qui l'y pousse, ce qui la retient dans la drogue. et plus intéressant même, parce que le sujet me fascine, elle nous offre un tableau de la prostitution comme on en voit peu. elle parle de son travail avec une grande tendresse, de la détresse émotionnelle de certains de ses clients, de ce qu'elle considère comme une forme de conscience professionnelle, parce que - eh oui - elle met un point d'honneur à être une bonne pute, à ce que le client en ait pour son argent. j'ai trouvé cela très impressionnant, très fort, et également très juste.

on dit toujours "il n'y a pas de sot / sous (suivant l'école à laquelle on n'appartient) métier". mais la société bien pensante ne va pas élargir cela jusqu'aux putes. oui, ce sont elles les méchantes, il est évident qu'elles tirent les gars de leurs voitures de force, et s'il n'y avait plus de bordel, il n'y aurait plus de putes. regardez autour des gares, plus de bordels - plus de putes, non ? j'avoue que ce point là m'a toujours énervé. je n'irais pas jusqu'à dire que c'est un métier comme un autre, loin s'en faut. et en France, c'est une question difficile à penser parce qu'il n'existe plus en tant que tel, il est profondément hors la loi. mais je trouve bien, audacieux, mais bien, qu'elle montre qu'une une pute n'est pas une salope, mais quelqu'un qui essaie de gagner sa vie, de s'en sortir. ses collègues, ce sont des femmes qui essaient d'éduquer leurs enfants, qui, pour une raison ou pour une autre, ont besoin d'argent, et parfois, c'est plus facile de faire cela qu'autre chose. j'ai envie de demander, est-ce si condamnable... ? honnêtement ? n'y aura-t-il pas toujours des gars qui rechercheront ça, et des femmes qui s'en fichent assez pour accepter de vendre ce service. c'est le moment où surgit sur scène la morale - deus ex machina. mais ce genre de pièce est bien daté, peut-être nos jugements, eux aussi pourraient évoluer...

quitte à prendre un parti clair et anticonformiste, pour une fois, je dirais que non, ce n'est pas un crime horrible que d'en être réduite à se prostituer pour survivre, et il y a un certain courage à l'accepter, qui appelle une forme de respect plutôt qu'un haussement de sourcil méprisant, c'est si facile quand on a les moyens de faire autrement... et au demeurant, ce n'est que son corps, qu'une telle femme vend, pas son âme, elle est toujours un être humain, et pas un animal, ou mieux, une bête de sexe...


dimanche 8 juillet 2007

l'islam moderne

allez, un article sérieux pour une fois. enfin, important dirais-je.
ce sont des extraits du Monde 2 (9-15 juin) (j'ai rattrapé mon retard en monde 2 ce week end, j'ai dû en lire 6 un truc comme ça... comme quoi je finis toujours par le faire). Voici des extraits de la grande enquête sur l'Islam moderne. Très actuel quand on sort de Persépolis.

"le Coran n'est pas un texte de loi et ne doit plus être traité comme tel.Un verset coranique n'st pas un article dans un code: ce n'est pas du droit. Il ets grand temps de mettre fin à ce débat stérile sur le sens de tel ou tel verse prétendument juridique, et de séparer clairement et définitivement droit et religion", explique Mohammed Charfi, professeur de droit à Tunis. "L'Islam d'Al-Azhar et de toutes les institution islamiques est complètement dépassé. L'islam apporte une liberté. Mais il faut se débarrasser des miliers de commentaires et de hadiths, dont beacoup ont été fabriqués, et qui contredisent souvent le Coran. Ces paroles, même si elles faisaient sens à leur époque, ont mille ans, et on ne peut les appliquer aujourd'hui", s'emporte Gamal El-Banna, l'un des plus farouches opposants aux islamistes d'Egypte. "Quand je donne des conférences dans les universités marocaines, et que je demande : "Le Coran est-il la parole de Dieu ?", 50 étudiants se lèvent et quittent la salle. Mais 650 restent pour m'écouter et poser des questions. Il y a une énorme demande de la part des jeunes de questionner l'islam autrement", raocnte le frnaco-marocian Rachid benzine, universitaire et croyant fervent, auteur des Nouveaux penseurs de l'islam. (...)
Ce que défendent ces penseurs modernes, c'est d'abord une réflexion sur la nature et le statut des textes religieux. Il s'agit de relire les textes sacrés pour sortir d'une interprétation littérale : respecter l'esprit du Coran, non la lettre. "Quand le prophète dit : "apprenez à vos enfants l'équitation, la natation et le tir à l'arc", aujourd'hui cela signifie "apprenez leur l'anglais, l'informatique et internet" : l'objectif est de maîtriser les compétences du siècle. De même, le Coran a prescrit le voile pour protéger la femme. Aujourd'hui, c'est l'école qui la protège", explqiue ainsi Soheib Bencheikh, imam de Marseille. Tous ces penseurs partagent un point commun : intégrer à l'analyse des testes religieux les courants de pensée modernes, comme les penseurs de la Nahda avaient absorbé les savoirs occidentaux. C'est ainsi que les sciences sociales, apport-clé de la pensée occidentale du XX° siècle, sont sollicitées : le Coran est étudié avec une approche historique, sociologique et linguistique. Il devient objet d'étude et non dogme - même pour les plus croyants de ces penseurs.
"Le discours religieux est une donnée linguistique. Il nous faut étudier les circonstances historiques de la production de ce discours", explique l'Algérien Mohamed Arkoun, l'un des pionniers de cette relecture du Coran, dont els ouvrages sont interdits en Arabie Saoudite. "Le langage coranique, comme tous les langages religieux, utilise le mythe, la parabole et le symbole. Il faut appliquer au Coran les mêmes méthodes de lecteure que les chrétiens ont appliqué à l'Evangile", explique rachid Benzine, qui se dit influencé par ses années de dialogue avec le père Christian Delorme, avec lequel il a cosigné un ouvrage en 1998, Nous avons tant de choses à nous dire.


Belle leçon d'intelligence dirais-je... ! cela prouve bien, une fois de plus, l'intérêt de la distance, de la lecture critique, du regard qui replace dans son contexte. ça n'enlève rien au caractère sacré du texte que de vouloir le comprendre par rapport à notre époque. Au contraire, c'ets lui donner sa vraie valeur ! c'est à ça que servent les disciplines littéraires à la fin, à comprendre le sens, à aller au-delà du sens littéral. Regardez Spinoza, avec le Traité Théologico-politique, c'est assommant direz-vous. Peut-être, je n'en suis pas sûre, mais là, clairement, on a un guide de lecture, un guide des différences façons de lire un texte, sens littéral, sens métaphorique, ce n'est pas le terme exact, mais c'est l'idée de fidélité à l'esprit, et sens symbolique. et cette façon de regarder le monde se décline dans tous les domaines. c'ets la meilleure garantie contre le radicalisme, le totalitarisme. Il n'y a pas qu'une façon de voir les choses, une seule vérité une et indivisible... On ne peut dire tout et son contraire pour autant non plus... mais il faut, il faut absolument, qu'il y ait débat, discussion, parce que c'est ça rendre un texte vivant, se colleter à lui, essayer d'en pousser le sens dans ses différents retranchements, et pas le mettre sous verre avec des gardes devant... ça ne sert à rien, la pensée se fera clandestine et d'autant plus subversive, et encore heureux d'ailleurs... mais quel gâchis... !



samedi 7 juillet 2007

du contresens au cinéma.

ça fait des années maintenant que je m'énerve à essayer de défendre mon opinion sur ce sujet. et là, tombé du ciel, un article de Tarentino dans le monde 2 qui dit pile ce que je pense... Mon passage préféré :

interdit de rire d'un film

Quentin Tarentino anime depuis 1997, dans un vieux cinéma d'Austen au Texas, le Quentin Tarentino Film Festival, où il montre les joyaux de sa collection de copies 35 mmm. Il présente chaque film et intervient parfois au milieu d'une projection, lorsqu'un détail lui revient en tête. Il se met à crier pour apporter la précision indispensable. Avant chaque présentation, il réitère le même avertissement : il est interdit de rire d'un film, même médiocre, au risque d'être mis dehors, chaque film devant être apprécié pour ce qu'il est, et non pour ce qu'il devrait être. Cela signifie donc qu'en découvrant des oeuvres aussi improbables que Legend of the Wolf Woman, ou Revenge of the Cheerleaders le spectateur ne peut décemment s'attendre à un nouveau Citizen Kane.


Si ça rentrait sur ma page je me mettrais en rouge flamboyant encore plus gros. Ras le bol des critiques devant un film hollywoodien du style c'est pas fidèle alors que personne n'a jamais prétendu faire un film historique de Troy, de Kingdom of heaven ou je ne sais quoi mais juste un bon sang de block buster... regardez les acteurs quoi ... ! C'est un film grand public, un film de divertissement, pas un documentaire ! Ras le bol de me faire laminer sur Tarentino... c'est Tarentino ! à quoi on s'attend en allant voir Tarentino, si ce n'est à cela ? A quoi on s'attend en allant voir une bluette pour ado, un film romantique dégoulinant de sentimentalité si ce n'est à cela ? c'est de la mauvaise foi de venir cracher dans la soupe après !!!

ces films ne prétendnet pas être autre chose que ce qu'ils sont, bien souvent, ce sont les spectateurs, avertis en général, qui veulent en faire autre chose, qui projettent leurs attentes dessus et râlent ensuite parce que s'étant trompés, ils sont déçus... Je pars en croisade pour revendiquer le droit d'apprécier les films à la Honey, à la Save the last dance, à la Dance with me, à la Shall we dance, à la Breaking up, à la dirty dancing parce qu'ils m'apportent exactement ce que j'attends, de la danse. je ne leur demande pas d'être de bons films, et en effet, ils le sont rarement voire jamais, je leur demande de me montrer de la danse, et ils le font. Et je me fous bien du reste... Je les aime pour ce qu'ils sont, je ne les déteste pas pour ce qu'ils ne sont pas, et je m'en fous que les acteurs aient ou non l'âge de leur personnage, que ce soit crédible ou non, etc, etc, etc. c'est un film, justement, du cinéma, c'est pour faire croire, ça requiert un minimum de volonté d'adhérer. après, c'est sûr, c'est vraiment impossible parfois mais bon, tout de même, on peut aussi être un peu bon public quoi ...

Après, il y a aussi les "bons films" que je n'aime pas, je sais pourquoi ils sont bons, je sais pourquoi je ne les aime pas, on peut faire la différence non ? Aimer un mauvais film, détester un bon... ça s'appelle le sens de la nuance... les bons films que je n'aime pas trop ? Garden State par exemple, il m'ennuie, Shortbus parce que je n'ai pas aimé le personnage de la petite asiat et que du coup ça a diminué mon plaisir, j'ai détesté Scoop parce qu'après tout, vraiment, Scarlett, elle ne passe pas, Persépolis, il est excellent, rien à dire, mais alors moi qui hais viscéralement les gosses, Marjane petite me m'a rendu le personnage insupportable du début à la fin, alors que toute la trame historique sur l'Iran, et mon article sur reading Lolita in Tehran me passionne. Elle n'aurait pas été là, ou elle aurait été différente, j'aurais adoré la film. Elle m'a exaspérée. ça ne m'empèche pas de penser le film excellent, de dire aller le voir, vous ignorez sûrement plein de chose sur l'Iran et ses souffrances, et bien vous les apprendrez là avec plaisir... et j'en passe et des meilleurs... mais voilà, ce soir, pour une fois, je monte au créneau pour défendre ma façon de percevoir l'art, mon droit à la contradiction, au paradoxe et au rapport décomplexé avec le cinéma.

allez, une deuxième note !

à chaque fois que je sens mon asthme monter, m'étouffer progressivement, machinalement, stupidement je m'arrête de respirer pour mieux le sentir, pour mieux reprendre mon souffle, pour haleter davantage au fond. à chaque fois ce poème me vient en tête. une de ces nombreuses références qui m'entretiennent doucement dans l'idée une bribe de littérature pour tous les moments.


I am listening to the change of pain

The way she’s fitting into something I can stand

I feel her smart arabesques on my neck

Her vivid dance with my bones wrecked

I wait for the surf to verge

For the pack of yellow sea to rise

And roll all over my backbone

I could feel a pea under a hundred mattresses

Though my skin is no satin

Small arachnid, my brain shrinks

And withdraws into some grounded land

From where I stand

Watching the ocean

Move

Till he comes

And seizes me

I wait for the barbarians

For their strength

Till it bursts

And rapes me

Dividing me in two

Million hundred pieces

That blinds me – dashing vision

Of blackness and blankness

And speed too

I’m in a fuss to feel all this

This being alive, through pain and pain

A kind of hapax

This sleepy agony

When you take up your breath

To feel each detail

The way he penetrates you

The way you burst and die

Life and death

Agony and resurrection

Through pain and pain

Each pain going further, deeper, softer…

All is just a kind of pain

And whether you’re accustomed to it

Or build an addiction to blind it

In dazzling white,

The blind colour…


Saoirse Mac Cann

Mai 1935.